Thème. La science
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Autrement dit, certaines connaissances sont-elles plus vraies que d'autres ? Existe-t-il une vérité absolue qui puisse être une référence pour toutes les vérités approchées ?
Cette question en pose une autre, celle du réel. Existe-t-il un réel indépendant de tous les observateurs auquel on puisse comparer les connaissances humaines, qu'elles proviennent de la science, des pratiques empiriques ou des mythologies (voir: Le réel de la physique est-il le même que celui des autres sciences).
La science considère qu'il n'existe pas de vérité absolue car elle ne sait pas décrire un réel qui soit indépendant de ses observations et qui puisse leur servir de référence. La science ne parle que de ce qu'elle peut prouver par l'expérience scientifique. La science est un processus expérimental collectif. Chacun est libre de faire une hypothèse sur ce qu'il croit être la réalité, mais cette hypothèse ne devient vérité scientifique (ou loi scientifique) que si elle peut être prouvée par une expérience scientifique. On appelle expérience scientifique une expérience que chaque homme pourrait reproduire à volonté, dès lors qu'il se placerait dans les conditions de l'expérience, en utilisant notamment des instruments identiques. On dira alors que l'expérience est inter-subjective, c'est-à-dire indépendante des observateurs. On pourrait dire aussi qu'elle a valeur universelle, si on n'oublie pas que les connaissances du monde qui en résultent ne sont pas vraies dans l'absolu. Elles ne sont vraies qu'au regard de l'ensemble des expérimentations inter-subjectives du moment. De plus elles ne valent que tant que de nouvelles expériences, faisant suite à de nouvelles hypothèses, ne les ont pas rendues fausses (falsifiées). La science est un processus cumulatif collectif d'acquisitions des connaissances, qui ne devrait jamais avoir de fin tant qu'existeront des hommes capables de se poser de nouvelles questions, de formuler de nouvelles hypothèses en réponse à ces questions et de disposer de nouveaux instrument pour valider ou falsifier ces nouvelles hypothèses.
Contrairement à la science, les mythologies, notamment les grandes religions, affirment l'existence de réalités extérieures aux hommes, décrites notamment par leurs prophètes ou leurs écritures. Elles ne peuvent pas prouver l'existence de ces réalités dans les conditions de l'expérimentation inter-subjective décrite ci-dessus. Cependant elles font obligation d'y croire et de les préférer aux connaissances scientifiques, si cette croyance ou foi vient en contradiction avec les expériences scientifiques. La foi religieuse tire sa puissance de multiples causes, dont l'une mérite examen par la science elle-même : l'intuition qu'ont certains individus (sinon presque tous les individus) d'accéder à des vérités en soi, échappant à toute démonstration scientifique ou expérimentale. (voir: La science peut-elle expliquer le besoin de croyances religieuses?)
Les esprits religieux sont convaincus de disposer de certitudes sur ce qu'est le réel en soi. Les scientifiques préféreront parler de simples convictions subjectives. En effet, si chaque croyant, chaque religion, croit détenir des connaissances sur le réel bien supérieures à celles permises par les connaissances scientifiques, il existe autant de convictions qu'il y a de croyants ou de religions, et celles décrivent autant de vérités « absolues » qu'il y a de croyants ou de religions. De plus, aucune ne peut être prouvée dans le cadre d'expérimentations inter-subjectives. Elles ne sont donc pas vraies au sens des connaissances scientifiques, ceci même si celles-ci s'avouent elles-mêmes relatives et non absolues.
Les connaissances empiriques
Entre les connaissances scientifiques, soumises à l'exigence de la preuve expérimentale inter-subjective et les convictions religieuses qui refusent la validation expérimentale intersubjective, se trouve l'immense domaine des connaissances empiriques sur le monde, acquises par des sociétés qui n'accèdent pas encore aux connaissances scientifiques et aux moyens instrumentaux permettant de les valider. C'est à partir de telles connaissances d'ailleurs qu'a probablement émergé, par sélection darwinienne, les connaissances scientifiques modernes. On pourra alors parler de connaissances pré-scientifiques. Au regard de la vérification expérimentale scientifique telle que définie plus haut, elles sont, tantôt vraies, tantôt fausses. Elles doivent donc être considérées avec prudence, sans être totalement rejetées. Dans la meilleure des hypothèses, elles peuvent donner naissance à de véritables connaissances scientifiques. C'est le cas de l'herboristerie médicale traditionnelle, que redécouvrent actuellement les entreprises de biotechnologies pharmaceutiques. On se gardera donc bien de condamner a priori les connaissances empiriques, dès lors qu'elles peuvent prétendre à une certaine reconnaissance collective. Les étudier scientifiquement peut donner naissance à de nouvelles connaissances scientifiques. On cite souvent à cet égard la médecine homéopathique. Celle-ci semble soulager certains malades, sans agir sur d'autres. Mais ses processus demeurent inexplicables. La question mérite donc d'être approfondie, avec l'espoir de faire apparaître des phénomènes nouveaux encore incompris. Il en est même de l'hypnose, utilisée en substitut de l'anesthésie par certains chirurgiens. On pourra poser la même question à l'égard de la psychanalyse (voir La psychanalyse est-elle une science ?)
La nécessaire ouverture d'esprit que doit manifester la science à l'égard des connaissances traditionnelles ou de celles ne pouvant entrer complètement dans les protocoles de la vérification scientifique expérimentale actuelle permet aux diverses mythologies d'investir le domaine de la science en prétendant que si la science actuelle ne les reconnaît pas, de futurs scientifiques mieux informés les reconnaîtront pour ce qu'elles affirment déjà être, c'est-à-dire de véritables sciences persécutées par la science officielle. C'est le cas de l'astrologie, qui continue à jouir d'un immense crédit bien qu'aucune de ses prédictions n'ait jamais été vérifiée par l'expérience, non plus d'ailleurs que les prétendus phénomènes naturels sur lesquels elle prétend s'appuyer. On citera aussi la croyance en l'existence des OVNI, qu'il ne faut d'ailleurs pas confondre avec ce qui est désormais une véritable science, l'exobiologie ou la recherche de la possibilité de vies extra-terrestres (voir La recherche scientifique de vies et d'intelligences cosmiques). Pour toutes ces prétendues sciences qui échappent encore à la vérification expérimentale, la réponse de la science est simple : il ne s'agit pas de sciences mais de croyances. Beaucoup donnent naissance d'ailleurs à de véritables groupes religieux, de type sectaire. Chacun est libre de croire ou non à de telles affirmations, mais le scientifique doit combattre pied à pied pour qu'elles ne servent pas à ce que l'on pourrait appeler des détournements de procédures, c'est-à-dire l'envahissement du domaine scientifique par des forces sociales visant à acquérir du pouvoir en empruntant celui légitimement reconnu aux connaissances scientifiques.
Les nouvelles résurgences de l'envahissement du scientifique par le religieux
Si la science, sinon la démocratisation des connaissances scientifiques, n'a pas grand-chose à craindre des offensives permanentes de pseudo-sciences telles que l'astrologie, il n'en est plus de même aujourd'hui des offensives du religieux pour lui dicter ce qu'elle doit enseigner et même ce qu'elle doit rechercher. Pendant des siècles, en Occident, la science débutante a du se battre contre les prétentions de la religion catholique dominante a lui imposer les descriptions de l'univers résultant de ses écritures. L'Eglise voulait ainsi, non pas défendre sa vision du monde, mais défendre le pouvoir temporel que cette vision, imposée aux populations, lui donnait au sein des sociétés de l'époque. On a tout lieu de croire que si la science moderne s'était développée dans les sociétés musulmanes ou asiatiques, elle aurait rencontré les mêmes résistances de la part des religions dominantes. Mais on pouvait penser que dorénavant les croyants, même lorsqu'ils étaient eux-mêmes scientifiques, avaient accepté de distinguer clairement ce qui relevait de la foi et ce qui relevait des connaissances scientifiques. La récente double offensive menée par les fondamentalismes chrétiens (au nom notamment du Dessein Intelligent) et islamiques pour imposer à la science des croyances dérivées de leurs écritures montre qu'il n'en est rien. Plus que jamais, il faut défendre l'autonomie de la démarche scientifique, sans pour autant durcir en dogmatisme le corpus actuel des connaissances scientifiques.