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Cet ensemble de textes a été conçu à la demande de lecteurs de la revue en ligne Automates-Intelligents souhaitant disposer de quelques repères pour mieux appréhender le domaine de ce que l’on nomme de plus en plus souvent les "sciences de la complexité"... lire la suite

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8 décembre 2005 4 08 /12 /décembre /2005 19:16

   Thème. La science

Pour obtenir une vue générale des différentes pages composant ce dossier, consulter le Plan http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm

L'essai de définition du concept de science oblige immédiatement à préciser celui de réel, puisque c'est la conception que la science se fait de celui-ci qui permet de juger de la "vérité" ou valeur scientifique d'une connaissance donnée, laquelle prétend décrire ce même réel

Les différentes conceptions du réel en science

Le concept de réel désigne désormais des objets différents. Il en est de même du concept de réalisme, conçu comme faisant référence à l'existence du réel. 

 - Traditionnellement, on opposait deux extrêmes. D'un côté se trouvait le réalisme dit fort dans le jargon, que l'on peut rattacher au « positivisme » pour qui il y existe un réel extérieur à l'homme, à son action comme à son langage, qu'il s'agisse d'un réel « en soi » réel des ontologies ou des essences, ou qu'il s'agisse du réel empirique auquel on se heurte dans la vie quotidienne. A l'opposé se trouvait le solipsisme, non réalisme ou relativisme absolu, pour qui le réel est une illusion des sens.

- Aujourd'hui, la science semble avoir généralement renoncé à évoquer un réalisme fort ou réalisme des essences, qui relèverait plutôt de la philosophie, sinon de la mystique. Elle se borne à distinguer d'un côté le réalisme dit faible de la science dite macroscopique, pour laquelle les instruments renvoient à un réel dit d' « objectivité partagée », et de l'autre côté le non-réalisme ou réalisme relativisé de la physique quantique ou microscopique. Dans le premier cas, le réel tel que défini par le corpus des connaissances scientifiques s·impose à l'observateur, sauf pour celui-ci à prouver, grâce à des hypothèses vérifiées par la communauté scientifique, que tel ou tel de ses aspects doive être modifié. Dans le second cas, la science ne peut pas décrire le réel mais seulement des relations entre [entité observée / instrument / conscience de l'observateur].  

Le rapprochement contemporain du macroscopique et du microscopique 

 - Les interactions croissantes entre la science macroscopique et la physique quantique, résultant notamment du développement des nanotechnologies, obligent à prendre en considération la possibilité de construire un monde macroscopique bien défini à partir d'un indéterminé quantique. On peut supposer que c'est ainsi dans la nature que s'est construit le monde dans lequel nous nous trouvons. On pourra alors reprendre le terme de constructiviste pour exprimer cette façon de voir les choses. Mais ceci réintroduit un certain relativisme. Le réel construit par le termite ou par une entité extra-terrestre ne sera pas le même que celui construit par telle ou telle société humaine, même s'il provient d'une réalité sous-jacente non descriptible commune. 

 - Au sein de l'humanité, on peut se référer à la construction du monde résultant du travail des différentes sciences, non pas comme désignant un réel en soi mais comme désignant un réel construit par l'homme à partir de l'indéterminisme initial. On pourra parler d'un réel « humanisé » ou « instrumental », le seul susceptible de nous intéresser pour ce qui concerne l'avenir de l'humanité dans le cosmos. 

 - On dira dans ces conditions que le réel humanisé est déterministe, dans la mesure où il obéit à des lois élaborées pour tenir compte des résultats de l'expérimentation. Mais ce déterminisme est sur fond d'indétermination, que celle-ci soit sous-jacente à la nature quantique de l'univers profond ou qu'elle découle des limites actuelles de l'esprit humain. 

 - A quoi bon relativiser ainsi le sens conféré au concept de réel ? Parce que cela entraîne une conséquence méthodologique importante. On ne peut plus prendre au pied de la lettre les scientifiques ou toutes personnes parlant au nom d'un réel existant indépendamment d'eux mais dont ils seraient les découvreurs. Comme en physique quantique, mais avec des exigences moindres en matière de formalisme, ils devraient toujours rappeler qu'ils expriment, non seulement des hypothèse à vérifier par l'expériences, mais aussi que ces hypothèses sont le produit d'interactions entre un réel indéterminé, un instrument et un observateur-locuteur. De la somme de telles hypothèses ne peuvent résulter que des approximations, par exemple de type statistique. Mais ceci suffit en général au développement des sciences et des technologies actuelles. 

 - C'est aussi et surtout la possibilité de garder un ·il ouvert sur les émergences de connaissances qui peuvent à tout moment s'introduire dans le corpus des connaissances scientifiques, y compris celles pour lesquelles le scientifique doit confesser son ignorance du moment (par exemple en physique, qu'est-ce que l'état de super-fluidité ?). On objectera que se comporter ainsi légitimera le retour en force des croyances irrationnelles. Mais il conviendra, comme dans toute démarche scientifique, de distinguer ce qui peut ou non être vérifié ou falsifié par l'expérimentation, actuelle ou future.

- Il existe quand même un problème : comment distinguer l'hypothèse théorique non actuellement démontrable (par exemple en physique la "théorie" 1) des cordes) et l'hypothèse magique ? Seule la discussion au sein de la communauté scientifique permettra de répondre. Ainsi, concernant la valeur scientifique des concepts de mémoire de l'eau ou des pratiques de l'homéopathie, il existe encore des points de vue différents chez les scientifiques. Il n'y a rien là d'inquiétant. Ce n'est pas le cas concernant l'astrologie, que l'ensemble de la communauté scientifique s'accorde pour considérer comme relevant de l'imaginaire.

(1) Que l'on préférera appeler hypothèse ou paradigme, car il ne s'agit précisément pas encore d'une théorie vérifiable par des dispositifs instrumentaux.

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JP Baquiast et Christophe Jacquemin - dans science
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commentaires

Jean Louis 28/05/2007 12:20

Le réel, la réalité ont donc une histoire déjà longue. Une histoire qui est aussi celle de la science, de ses axiomes et méthodes.
Je vous propose une définition du réel : ce serait exactement ce qui est admis comme hypothèse de départ dans une recherche et qui détermine par conséquent le protocole expérimental.  On ne peut pas nier, n'est-ce pas, que les résultats trouvés corroboreront (ou pas) ce protocole.
Le réel ou l'objectivité dans un sens est la convention du moment.

JP Baquiast 21/12/2005 18:44

Réponse à Pierre
Vous parlez sans doute de Mioara Mugur Schachter. Je l'ai longuement citée dans le bouquin qui est en ligne sur notre site. Mais vous avez raison, il faudrait lui consacrer une page. Je n'avais pas voulu commencer par elle car cela aurait pu décourager certains.

Pierre 21/12/2005 18:40

Vous avez dans votre revue plusieurs fois parlé d'un livre écrit par une physicienne au sujet du réel. Je ne retrouve pas son nom. Ce qu'elle écrivait m'avait paru intéressant. Vous devriez le développer

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