David Deutsch est Visiting Professor à l'Université d'Oxford et membre du Center for Quantum Computation au Clarendon Laboratory de cette même Université. Il a écrit de nombreux articles
sur la physique quantique et le calcul quantique qui font de lui une référence mondiale quoique non orthodoxe dans ces domaines difficiles. Il a reçu deux prix pour ces travaux. Voir sa page
personnelle http://193.189.74.53/~qubitor/people/david/index.php Voir aussi Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/David_Deutsch
Article temporaire, en cours de construction. Date de la présente version 06/06/2011
Dans notre commentaire (
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2004/jan/deutsch.html ) du précédent
livre de David Deutsch, « The Fabric or Reality » 1997, version française Cassini 2003,« L'étoffe de la réalité », nous avions cru pouvoir en signaler l'importance et celle de son auteur pour une
réflexion critique sur l'avenir des connaissances scientifiques et la politique de la science.
Ce nouvel ouvrage « The Beginning of Infinity » confirme plus qu'amplement ce jugement. Il est si important, par l'étendu des thèmes qu'il aborde et l'intensité de son regard critique, que nous
ne nous souhaitons pas en limiter la présentation à ce seul article. Nous discuterons par la suite certaines des grandes questions évoquées par l'ouvrage dans ce que nous nommerons des «
Chroniques vers l'infini », reprenant le thème de l'auteur. Elles seront publiées sur notre site en lien avec le présent texte.
Mais il nous faut en priorité nous semble-t-il attirer l'attention des lecteurs de notre revue Automates Intelligents et de nos blogs par une courte introduction portant sur l'importance d'un
travail qui risque de passer inaperçu du public français. Ceci du fait qu'il n'est pas encore traduit, qu'il comporte près de 500 pages difficiles et que l'auteur se heurtera probablement à un
certain mur du silence provenant des ténors de la communauté scientifique et « épistémologique ». La virulence et - pensons-nous- la justesse de ses remises en cause ne lui feront pas que des
amis. A l'inverse, il peut déjà se féliciter de certains soutiens enthousiastes, parmi lesquels, bien qu'il soit de faible poids, le nôtre.
Le livre compose dans l'ensemble une admirable défense et illustration de la méthode scientifique rendue célébre sous le nom de « Enlightment » (Les Lumières), qui s'est développée principalement
en Occident depuis le 20e siècle. Aujourd'hui, cette méthode, bien que généralement appliquée de fait par tous ceux qui veulent comprendre et transformer le monde, aussi bien au plan
technologique que conceptuel, est critiquée de toute part. L'Europe, qui en aurait le plus grand besoin pour sortir de son indiscutable déclin actuel, s'en détourne au profit de thèses prônant la
stagnation sinon le recul de la science et de ses applications. Les Etats-Unis eux-mêmes ne s'y intéressent plus que sous l'angle de leur important programme de recherches militaires, dont le
moins que l'on puisse dire est qu'il ne bénéficie pas à l'ensemble des recherches civiles.
Bien évidemment, dans ce contexte, les agressions des religions qui n'avaient jamais diminué depuis les Lumières reprennent de plus belle, au prétexte que ce décrit la science ne figure pas dans
les Textes dits sacrés, du fait surtout que la méthode dérange la belle assise millénaire faite de la conjonction des pouvoirs spirituels et temporels pour créer des « sociétés fermées »
incapables d'échapper seules à leur emprise.
Le propre de la méthode scientifique est de générer en permanence des hypothèses d''explications du monde allant plus loin que les explications précédentes, mais comme elles destinées à être
critiquées et dépassées. L'humain engagé dans la méthode scientifique se comporte ainsi comme une machine universelle à essayer d'expliquer le monde en étendant sans cesse, par la critique de ses
propres propositions, la portée de ces explications. Ce faisant il le transforme. Il utilise pour cela les instruments technologiques qu'il a développés, mais il refuse en permanence de se
laisser enfermer pas les apparents « faits d'observation » ou les lois en découlant, déduites de ces observations instrumentales, comme le font les scientifiques dits « instrumentalistes ».
De ce fait, pour David Deutsch, la méthode scientifique doit s'appuyer sur deux postulats: 1. elle suscite inévitablement des problèmes de toutes sortes et 2. ces problèmes peuvent être résolus
par elle - suscitant d'autres problèmes qu'il faudra résoudre à leur tour. La science ne doit donc pas chercher à éviter ou fuir les problèmes, qu'ils soient théoriques ou sociétaux, comme le
recommande le catastrophique « principe de précaution » mais au contraire s'attacher à les résoudre en donnant de ce fait une nouvelle portée à l'explication scientifique globale du monde. Nous
reviendrons ultérieurement de façon plus détaillée sur ces points importants de méthodologie.
La guerre menée contre la science par le Système
Mais nous pensons qu'il faut aller plus loin dans la critique politique, afin de comprendre pourquoi la méthode scientifique - à propos de laquelle nous rereprendrons les excellentes approches
épistémologiques de David Deutsch (lui-même très inspiré par le dernier Karl Popper), se heurte aujourd'hui à un véritable effort de destruction, analogue à celui ayant entraîné la chute des
premières Lumières, celles de la civilisation athénienne, sous les offensives de la ville de Sparte entièrement tournée vers la conquête militaire.
David Deutsch (tout au moins dans son livre qui par la force des choses ne peut tenir compte des évènements politico-économiques les plus récents) n'insiste pas assez selon nous sur les causes de
la mise en question actuelle de la méthode et de la pratique scientifique. Nous évoquons ici ce véritable cancer qui s'est étendu sur la planète entière avec la prise du pouvoir politique par la
troïka des trois oligarchies associées, celles de la richesse, du capital financier et des médias.
Le mécanisme de cette prise de pouvoir est simple. Il s'est mis en place très rapidement. L'objectif en est de mobiliser la force de travail du monde en ne laissant aux travailleurs de la base,
quels qu'ils soient, manuels ou intellectuels, qu'un minimum vital dépendant du niveau de développement des sociétés auxquels ils appartiennent. Le surplus est détourné et accumulé au profit des
trois parties de la troïka. Pour les membres de celle-ci, en dehors des investissements militaires et de sécurité qui leur sont indispensables, ne comptent plus que les technologies s'inscrivant
dans une perspective simple: produire en 2 ou 3 ans des résultats susceptibles de rapporter des taux d'intérêts de plus de 10%, par exemple dans tous les services privatisés pour riches ou dans
des domaines comme la cosmétique susceptibles d'appâter un grand nombre de consommateurs illusionnés.
Il s'agit bien là d'un véritable Système, qu'il faut commencer à décrire en termes aussi scientifiques que possible, pour en sortir où même le détruire. Les concepts d'Etat protecteur du plus
grand nombre et de services publics financés par la contribution de tous, constituent le premier rempart contre lequel s'est mobilisé le Système. Plus précisément, la recherche scientifique
désintéressée, non programmable, aboutissant à une remise en question permanente des lois et connaissances du moment, reposant sur la critique et le dialogue , se présente pour le Système comme
un danger à neutraliser. Il en résulte des situations comme celle que nous évoquions dans un article récent « Indignados, que faire de votre (notre) indignation ? » .
On voit la société occidentale, soumise au Système, n'offrant que le chômage ou des emplois précaires à des jeunes qui disposent potentiellement de la capacité intellectuelle et des connaissances
scientifiques nécessaires à la création d'un monde entièrement renouvelé. Celui-ci, selon la vision de David Deutsch que nous partageons, reposant sur des acquis de savoir infiniment
élargissables, pourrait augmenter quasiment à l'infini, au cours du temps, les possibilités des humains et de leurs idées associés aux instruments de la science et au renouvellement permanent des
connaissances en découlant, entités que nous nommons pour notre part des systèmes anthropotechniques ou mieux, anthroposcientifiques.
Au plan de la connaissance fondamentale, les questions considérées encore comme innaccessibles au cerveau humain pourraient être résolues. Ceci parce que les cerveaux et les instruments de demain
ne seront plus ceux d'aujourd'hui. Mais d'autres questions encore plus profondes, que l'on se rassure, seront apparues.
Face au scandale consistant à laisser en friche les cerveaux des jeunes d'aujourd'hui, une véritable révolution s'imposerait. Nous pourrions la définir sommairement comme la récupération des
puissants moyens des laboratoires par des communautés politiques et sociales décidées à s'en servir pour poursuivre en avant la marche des Lumières. Nous reviendrons ultérieurement sur cette idée
pour la préciser.
Malheureusement pour le moment les victimes du Système n'ont encore que des idées vagues relatives à la façon d'en sortir. Les mouvements politiques, y compris ceux dits de gauche, qui sont en
général inféodés en Système, se gardent bien d'aborder des thèmes comme ceux développés dans le livre de David Deutsch. Il s'agit là de leur part d'une trahison que personne malheureusement ne
dénonce.
La révolution nécessaire sera difficile, voire quasiment improbable. Il est possible cependant d'esquisser les voies permettant d'y parvenir. C'est ce que fait pour sa part David Deutsch,
visionnaire réaliste d'une telle révolution. Nous allons essayer de le montrer.
( à suivre)