A ces scientifiques il faut ajouter tous ceux, aux Etats-Unis et en Europe, qui étudient
ces questions au titre de la recherche universitaire – recherche qui ne peut et ne veut rien cacher, de par son caractère ouvert, aux organisations exploitant ses résultats à des fins
industrielles, commerciales ou stratégiques.
Aussi bien attendions-nous une réplique officielle de l'Amérique à l'annonce
faite récemment par l'Union européenne du projet Human Brain 1). Cette réplique n'a pas tardé. Le 17 février, le New York Times détaille l'annonce par Barack Obama d'un grand programme visant à
construire un modèle complet du cerveau humain. Il s'agit de faire plus et mieux que les
chercheurs européens. Plus en ce sens que le projet américain disposera d'un budget au moins 3 fois plus élevé que le budget européen (si celui-ci est un jour versé compte tenu des
restrictions). Mieux en ce sens qu'il rassemble un panel de grands scientifiques à côté desquels, sauf exceptions, le projet européen paraît bien modeste.
On notera avec intérêt, à la fin de l'article, que ce dernier est traité avec la plus
grande condescendance. Il est présenté comme un projet suisse et fait allusion aux ambitions annoncé jusqu'à ces derniers temps par Henry Markram, le responsable officiel du projet européen:
simuler sur ordinateur une petite partie du cortex d'un rat. Pour le NYT et la communauté scientifique américaine, cette ambition n'est évidemment pas à la hauteur de celles affichées par
Obama.
Selon nos informations, les Européens, conscients de cette faiblesse, voudraient élargir la portée du
projet européen, jusqu'à en faire une véritable académie des sciences du cerveau. On peut espérer que le défi lancé à l'Europe et au reste du monde par Barack Obama va renforcer ces intentions.
Mais on peut craindre que les chercheurs européens, soumis aux pressions nationales et enfermés dans leurs spécialités, ne réussissent que difficilement à construire une machine de guerre
(guerre scientifique et guerre économique) à la hauteur de celle officialisée par les Etats-Unis 3) On verra cependant ce qu'il en sera.
En attendant, les spécialistes de la géopolitique se demanderont comment les Chinois répondront pour leur
part au défi. On dispose de peu d'informations sur leurs compétences actuelles concernant ces questions. Mais constatant comme ils sont passés maitres dans la cyberwar qui dorénavant fait rage
entre eux et l'Amérique 4), on peut légitimement pas penser qu'ils sont déjà bien positionnés dans la brainwar.
Notes
1) voir Human Brain Project, un grand projet européen sur le cerveau humain http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2013/134/hbp.htm
2) voir Obama seeking to boost...
http://www.nytimes.com/2013/02/18/science/project-seeks-to-build-map-of-human-brain.html?_r=0
Toutes les phrases de cet article méritent d'être soigneusement pesées.
3) D'autant plus qu'IBM, curieusement confirmé comme cheville ouvrière du projet européen, ne sera pas assez suicidaire pour rester impartial dans la compétition qui s'annonce.
4) Voir Chinese Army Unit Is Seen as Tied to Hacking Against U.S. http://www.nytimes.com/2013/02/19/technology/chinas-army-is-seen-as-tied-to-hacking-against-us.html
On ne s'éloigne pas réellement du cerveau.