Deux des meilleurs experts français de l'intelligence économique et du renseignement viennent de rendre public sur le site CF2R(1) leur rapport de recherche précisant les modalités selon lesquelles les actionnaires d'Alstom ont autorisé la vente des activités de sa branche Energie à General Electric(2).
On trouvera dans l'encadré ci-dessous le texte de CF2R de la présentation de ce rapport, qui en résume les grandes lignes. Il confirme bien les pires soupçons de ceux qui avaient lutté contre cette vente d'Alstom, allant jusqu'à demander sa nationalisation.
Pour notre part, nous avions lancé dès le 2 mai 2014 une pétition en ce sens, qui n'avait reçu hélas qu'un faible soutien(2)
Le rapport porte éclairage sur les mobiles de cette vente, le rôle des intérêts américains, faisant état de complicités dont ces derniers ont pu bénéficier au sein de l'establishment français. La voix d'Arnaud Montebourg a été vite étouffée. Quant à celle de Jean-Luc Mélenchon, elle n'a suscité que des lazzis. Aujourd'hui, le PDG Patrick Kron - un des artisans de ce désastre - s'en est sorti avec avantages et honneurs.
Ceux qui ont vécu l'époque lointaine du démantèlement du Plan Calcul français, après le départ de Georges Pompidou, sinon même dès le retrait du président de Gaulle, avaient vécu un drame déjà similaire. Comment, alors que l'entreprise Unidata était en train de réussir, les nouveaux responsables français de l'époque avaient tout abandonné au profit des industriels américains ? Pour quelles raisons les avertissements qu'ils ne cessaient de prodiguer auprès du nouveau pouvoir ne recevaient pas le moindre début d'attention ?
Par la suite, ils ont mieux compris. Les milieux politiques et industriels français étaient infiltrés par des représentants - eux-mêmes français - du pouvoir américain dans ce qu'il avait de plus dangereux : l'utilisation de la corruption et du chantage pour détruire le coeur de la nation attaquée.
Aujourd'hui, certains instruits par l'expérience des "révolutions oranges" suscités par la NSA et la CIA américaines aux frontières de la Russie, en sont arrivés à se demander si Mai 1968, sous un discours généreux qui avait suscité beaucoup d'enthousiasme chez les jeunes, n'avait pas été une révolution orange avant la lettre, destinée à entraîner la chute de Charles de Gaulle. On l'a trop oublié aujourd'hui, celui-ci était pour l'Empire américain - tout juste derrière le communisme soviétique - l'obstacle à abattre dans le maintien de la domination américaine sur l'Europe.
|
Tiré du site CF2R Le 19 décembre 2014, l'assemblée générale des actionnaires d'Alstom a autorisé Quelles sont les réelles raisons qui ont conduit à cette vente ? En effet, Il est troublant que la France ait cédé sans état d'âme une entreprise dont les activités sont si importantes pour Les risques liés aux procédures judiciaires pour corruption engagées contre Alstom dans de L'affaire Alstom met par ailleurs en lumière deux faits préoccupants : - d'une part, l'attitude de nos "élites" qui, derrière un discours circonstancié sur la mondialisation - mais en réalité motivées par la satisfaction d'intérêts personnels ou la dissimulation d'erreurs stratégique - sont en train de vendre nos joyaux industriels à l'étranger, n'hésitant pas à sacrifier notre indépendance militaire et nucléaire ; - d'autre part, l'incompétence et l'impuissance des politiques, qui n'ont toujours pas compris ce qu'était la guerre économique moderne et se révèlent incapables de défendre nos intérêts. Dans ce dossier, rien n'a été fait pour sauver Alstom, le gouvernement n'a pas été à la hauteur des enjeux. Enfin, pour aboutir à cet accord et pendant toute la période des négociations, il y a eu une multiplication "d'affaires" dans l'affaire : suspicion de manipulation de cours et de délits d'initiés, conflits d'intérêts, projet de déménagement du siège d'Alstom à Singapour, etc. Autant d'éléments qui, ajoutés à la vente déshonorante d'activités stratégiques nationales, font de l'affaire Alstom un véritable scandale d'Etat. |
Notes
(1) Centre français de recherche sur le renseignement.
(2) Leslie Varenne et Eric Denécé, "Racket américain et démission d'Etat. Le dessous des cartes du rachat d'Alstom par General Electric", Rapport de recherche n°13, décembre 2014.