L'équipe de Griffith, s'appuyant sur l'hypothèse des "Many-Interacting Worlds" propose une approche différente. Les chercheurs la résume de la façon suivante:
1.L'univers que nous connaissons n'est que l'un parmi un nombre gigantesque mais fini d'autres univers. Certains sont presque identiques au nôtre, d'autres sont très différents.
2.Tous ces univers sont identiquement réels, ils existent dans le temps et possèdent des propriétés définies avec précision.
3.Tous les phénomènes que nous qualifions de quantique proviennent d'une force universelle de répulsion entre univers similaires, laquelle tend à les rendre moins similaires.
Ainsi, si n'existait qu'un seul univers, nous serions ramenés à la mécanique de Newton. S'il existait un nombre gigantesque d'univers, nous retrouverions la mécanique quantique. En fait, l'hypothèse prédit quelque chose de nouveau qui n'est ni l'une ni l'autre.
De plus, en ouvrant une perspective originale sur le monde quantique, elle devrait selon ses auteurs suggérer des expériences permettant de comprendre et exploiter les phénomènes quantiques, tels que ceux des fentes dites de Young . De même, en faisant appel à un nombre fini d'univers, il serait possible d'envisager des applications concernant les dynamiques moléculaires utiles à la compréhension des réactions chimiques.
Nous ne pouvons que laisser aux physiciens et mathématiciens la responsabilité de juger de la pertinence de l'hypothèse résumée ci-dessus et développée dans l'article de Physical Review. Certains diront peut-être que ses auteurs ont imaginé une solution ad hoc pour répondre aux aspects incompréhensibles de la mécanique quantique.
Cette solution voudrait par ailleurs nous faire admettre une réalité (celle d'un nombre gigantesque mais fini d'univers) qui, bien que présentée comme réelle, au sens du réalisme, nous transporterait dans un réel parfaitement étranger au nôtre. Et d'où proviendrait la faible force de répulsion qui nous éloignerait des univers voisins?
Bornons nous pour notre part à remarquer que nous sommes depuis longtemps habitués aux hypothèses de la mécanique quantique, parfaitement étrangères à notre monde, même si leurs effets sont vérifiés tous les jours dans un grand nombre de dispositifs: superposition d'états, intrication, téléportation. Depuis le temps qu'elles nous sont enseignées, elles ne nous surprennent plus.
L'hypothèse de l'équipe de l'Université de Griffith, celle d'un grand nombre de mondes semblables au nôtre dont une faible force de répulsion nous éloignerait des plus proches, pourrait paraitre, avec un peu d'habitude, moins « invraisemblable que les hypothèses de la mécanique quantique. Ceci également si elle pouvait trouver des applications crédibles en cosmologie.
Le plus urgent, comme toujours lorsqu'il s'agit de science, serait donc de quitter la théorie pour aborder la pratique, en proposant des expériences testables.
Reférence
Dr Michael Hall et al. Quantum Phenomena Modeled by Interactions between Many Classical Worlds https://journals.aps.org/prx/abstract/10.1103/PhysRevX.4.041013
Abstract
We investigate whether quantum theory can be understood as the continuum limit of a mechanical theory, in which there is a huge, but finite, number of classical “worlds,” and quantum effects arise solely from a universal interaction between these worlds, without reference to any wave function. Here, a “world” means an entire universe with well-defined properties, determined by the classical configuration of its particles and fields. In our approach, each world evolves deterministically, probabilities arise due to ignorance as to which world a given observer occupies, and we argue that in the limit of infinitely many worlds the wave function can be recovered (as a secondary object) from the motion of these worlds. We introduce a simple model of such a “many interacting worlds” approach and show that it can reproduce some generic quantum phenomena—such as Ehrenfest’s theorem, wave packet spreading, barrier tunneling, and zero-point energy—as a direct consequence of mutual repulsion between worlds. Finally, we perform numerical simulations using our approach. We demonstrate, first, that it can be used to calculate quantum ground states, and second, that it is capable of reproducing, at least qualitatively, the double-slit interference phenomenon.