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Cet ensemble de textes a été conçu à la demande de lecteurs de la revue en ligne Automates-Intelligents souhaitant disposer de quelques repères pour mieux appréhender le domaine de ce que l’on nomme de plus en plus souvent les "sciences de la complexité"... lire la suite

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 19:53

Jean-Paul Baquiast 31/12/2014

Nous avons sur ce site essayé d'informer le plus fidèlement possible nos lecteurs sur ce qu'il faut bien nommer l'évolution des théories sur l'évolution. Tout évolue dans le cosmos tel qu'il est connu aujourd'hui. Mais c'est l'évolution de la vie, phénomène jusqu'à ce jour uniquement observé sur Terre, qui a toujours retenu l'attention, tant des scientifiques que du grand public.

D'innombrables écrits religieux, venant des grandes religions monothéistes, catholicisme et islam notamment, affirment, évidemment sans preuves aucunes, que le vivant a été créé par Dieu sous les formes qu'il manifeste aujourd'hui. L'idée que le vivant évolue serait donc à rejeter comme contraire aux Ecritures. Sans mentionner le monde musulman, particulièrement opposé à toute hypothèse concernant l'évolution de la vie, une grande majorité de croyants relevant du catholicisme ou du protestantisme évangélique, aux Etats-Unis mêmes, considèrent que la vie a été créée très récemment et n'a pas évolué – ou très peu - depuis lors. Il s'agit du Créationnisme qui, curieusement, dans une Europe réputée plus cartésienne que l'Amérique, progresse actuellement sur le Continent.

Aujourd'hui, dans le monde scientifique, où nul ne nie évidemment le phénomène général qu'est l'évolution de la vie, ce fut depuis Darwin la théorie dite de l'évolutionnisme darwinien qui a été très généralement admise. Mais le darwinisme initial a lui-même évolué depuis ses origines dans la seconde moitié du 19e siècle. Le modèle initial de Darwin reposait sur une constatation, généralement partagée par tous les naturalistes et les éleveurs, que les espèces vivantes évoluent sur le mode transmission héréditaire, introduction de variations accidentelles, mise en concurrence des nouvelles espèces en résultant avec les anciennes et sélection(survie) des plus aptes à s'adapter au sein d'un milieu naturel lui-même changeant. Mais Darwin n'avait pas, compte tenu des connaissances de son époque, put expliquer les causes biologiques de ce phénomène général.

La théorie synthétique de l'évolution

Ce furent, à la suite des travaux de Mendel, ceux que nous appellerons pour simplifier les généticiens, qui ont mis en évidences les facteurs permettant la transmission des caractères, mais aussi les mutations affectant ces facteurs, et les sélections en résultant. Ces facteurs sont les gènes, identifiables au sein des ADN cellulaires. La théorie génétique de l'évolution a été nommée le modèle néo-darwinien ou théorie synthétique de l’évolution. Elle s'est construite entre 1940 et 1960 mais elle n’a cessé de se complexifier depuis compte tenu des progrès dans la connaissance des phénomènes intimes du vivant, notamment la biologie moléculaire.

Un grand nombre de travaux ont permis dans la seconde moitié du 20e siècle de préciser les modalités de l'hérédité, des mutations et plus généralement du rôle du génome dans la synthétisation des millions de protéines (ou protéome) à partir desquelles se construisent dès l'apparition de l'oeuf fécondé les différents organismes, avec leurs spécificités. Au niveau de l'évolution des espèces, la génétique dite des populations étudie la distribution et des changements de la fréquence des versions d'un gène (ou allèle) dans les populations d'êtres vivants, sous l'influence des pressions évolutives . On a pu mettre en évidence outre les mutations et la sélection naturelle, des mécanismes dits de dérive génétique, de recombinaison (recombination) et de migration expliquant les variations entre espèces.

Fin du déterminisme génétique. L'ontophylogenèse.

A partir des années 1970-1980, cependant un nombre croissant de biologistes se sont insurgés contre les abus de ce qui a été nommé le tout génétique. ou déterminisme génétique. Ils ont montré que des relations complexes s'établissaient entre les espèces et entre celles-ci et l'environnement, sans dans un premier temps affecter le génome. Un des pionniers de cette approche fut en France le biologiste Jean-Jacques Kupiec, dont nous avons présenté les recherches en leur temps 1)

Comme rappelé ci-dessus, la très grande majorité des biologistes évolutionnaires d’inspiration naturaliste (ou matérialiste) admet aujourd’hui que la formation des espèces, c’est-à-dire l’ontogenèse, nécessite pour être comprise de faire appel au darwinisme. Celui-ci peut être résumé au principe de l’évolution sur le mode variation au hasard/sélection/amplification, Par contre, en ce qui concerne la formation des individus à l’intérieur des espèces, la très grande majorité des biologistes estimait jusqu’à ces dernières années que c’était le programme génétique transmis par l’intermédiaire de l’ADN reproductif qui déterminait la séquence d’apparition des différents organes de l’embryon. Son influence se prolongeait tout au long de la vie.

Les gènes, dans l'acception qu'en donnaient les défenseurs du « tout génétique », définissaient donc dès avant la naissance les propriétés et aptitudes de l’individu. La biologie moléculaire s’était efforcée de montrer qu’il s’agissait de processus rigoureux, déterministe, excluant donc, sauf accidents, le hasard. Le terme même de programme génétique, faisant penser à un programme informatique et à des informations numériques, faisait illusion. En aucun cas pourtant, il ne s'agit d'algorithmes s'appliquant par oui ou par non. Si bien que des individus issus d'un même génome (tels les jumeaux vrais) peuvent être différents.

Certes, il était vite apparu aux biologistes moléculaires que les gènes n’intervenaient pas directement dans la fabrication de l’embryon. Des médiateurs protéiques spécifiques faisaient le relais entre le gène ou les gènes supposés contribuer à la formation de l’organisme et les cellules directement concernées par l’ordre d’apparition et l’architecture des organes. Mais il s'agissait d'un mécanisme, totalement déterministe, excluait toute variation aléatoire. sinon par accidents. Une propriété qui avait été nommée la stéréospécificité permettait d’expliquer comment les protéines synthétisées (et repliées) sous l’influence des gènes ne pouvaient correspondre qu’à un et à un seul type d’organite infracellulaire ou de cellule. L’image popularisée alors fut celle de la clef qui ne peut ouvrir qu’une seule serrure.

En ce qui concerne l’ontogenèse, c'est-à-dire la formation des espèces, l’étude plus précise du rôle des gènes avait montré que l’intervention des gènes et des protéines dont ils provoquaient la synthèse était bien plus complexe que celle résumée par le concept «un gène, un caractère». Des gènes dits régulateurs avaient été identifiées. Le protéome ou catalogue des protéines impliquées dans la reproduction s'est révélé par ailleurs infiniment plus riche que le catalogue des gènes propres à chaque espèce. La stéréospécificité apparut alors comme loin d’être systématique, le même morceau d’ADN pouvant diriger l’assemblage de protéines différentes, dont l’une seulement intervenait dans la suite de l’embryogenèse.

Par ailleurs, il n’était plus niable que dès sa formation, l’embryon était soumis aux contraintes du milieu, notamment du milieu social dit aussi milieu culturel. Le milieu influe de façon plus ou moins importante sur le développement de l’individu, selon des modalités étudiées dans le cadre d’une approche devenue depuis systématique, l’épigénétique.

En ce qui concerne l’évolution des génomes, c’est-à-dire la phylogenèse, il était apparu parallèlement que des phénomènes difficiles à considérer comme de simples mutations aléatoires pouvaient contribuer efficacement à la formation de nouvelles espèces ou à des modifications du génome à l’intérieur d’espèces existantes. Citons par exemple le transfert horizontal de gènes (très répandu, et pas seulement chez les bactéries) ou, à une autre échelle, la sélection de groupe présentée comme agissant sur l’ADN non d’un individu isolé mais de nombreux individus au sein d’un groupe soumis à une pression sélective. Il s’agissait en quelque sorte de mutations orientées. Jean-Jacques Kupiec a démontré le fonctionnement probabiliste des gènes et le caractère également probabiliste des interactions entre protéines synthétisées par ces gènes au cours de l’ontogenèse. Il a nommé cette théorie l'ontophylogenèse.

La théorie étendue de l'évolution, ou synthèse étendue

Dans la ligne des travaux étudiant les relations complexes entre ontogenèse et phylogenèse, de nombreuses recherches ont été menées depuis le début du présent siècle. Nous avons le plus fidèlement possible relaté les résultats de celles-ci dès qu'elles faisaient l'objet de publication. Un livre récent en propose une liste assortie de commentaires détaillés. Il s'agit de Evolution - the Extended Synthesis, par Massimo Pigliucci et Gerd Müller. 2)

Les auteurs, qui ont été choisis principalement parmi des biologistes, montrent que depuis le livre fondateur de Julian Huxley's Evolution: The Modern Synthesis, des progrès considérables ont été faits, tant dans le domaine de la biologie proprement dit que dans celui des développements théoriques pouvant en être déduits. En conséquence, les théories de l'évolution incluent aujourd'hui des domaines de recherche qui étaient insoupçonnée des auteurs de la théorie synthétique de l'évolution. Pour un petit nombre de ces auteurs, les nouvelles recherches ne remettent pas fondamentalement en cause les bases de la théorie synthétique. Pour la plupart au contraire, elles obligent à les redéfinir radicalement.

Ils aboutissent ainsi à ce qui a été nommé dans le titre du livre une nouvelle Synthèse intéressant l'évolution, qualifiée de Synthèse Etendue. Il ne s'agit pas, comme certains polémistes le disent volontiers (pour qui le darwinisme reste une bête noire), d'affirmer que désormais Darwin est démenti. En effet, comme précédemment avec la théorie synthétique de l'évolution, les postulats fondamentaux posés par Darwin ne sont pas modifiés, mais ils sont considérablement enrichis et étendus. Il est bien dans la logique de la science matérialiste de procéder ainsi.

Nous avons sur ce site, au fil du temps, publié des articles précisant les nouvelles recherches et leurs apports. Le lecteur curieux pourra les y retrouver. L'ouvrage présenté ici, Evolution - the Extended Synthesis, en fournit des analyses très complètes. Il n'est évidemment pas possible de les résumer. Nous y renvoyons le lecteur.

Le schéma proposé en libre accès par les auteurs du livre, en donne une image très parlante. Dans le centre en blanc on retrouve les concepts rendus célèbres par Darwin. Dans la bulle en gris clair, sont mentionnés ceux de la théorie Synthétique. Enfin, dans la bulle gris sombre, figurent les nouveaux concepts constituant la Synthèse Etendue telle que définie par les auteurs. Parmi ceux-ci, citons la théorie de l'Eco-devo, la construction de niches, les théories de l'évolution épigénétique, la sélection à multi-niveaux (incluant la sélection de groupe) , la théorie du réplicateur et les théories récentes intéressant l'évolution génomique (par exemple les transferts de gènes).

Vers une approche post-biologique de l'évolution

Par post-biologique, nous entendons ici une évolution qui continuerait à intéresser un grand nombre d'organismes biologiques ou de gènes d'origine biologique, mais associée avec des processus ou organismes relevant de la vie génétiquement modifiée ou artificielle, de l'intelligence artificielle adaptative et d'une robotiques de plus en plus autonome. On aboutira à des animaux ou humains dits augmentés, à des cerveaux artificiels et, comme l'a depuis longtemps étudié Alain Cardon, à des consciences artificielles animant des organismes artificiels pouvant ne plus conserver que de lointains rapports avec l'humain. On remarquera que les biologistes auteurs du livre précédent font à peine allusion à ces recherches ou les ignorent. C'est sans doute un effet de ce que l'on nomme l'enfermement disciplinaire.

Il a par contre toujours été dans le coeur éditorial de notre site de signaler les progrès continus et accélérés se déroulant dans les différents domaines scientifiques et technologiques intéressés par ces recherches. Nous avons par ailleurs incité les lecteurs à réfléchir aux conséquences économiques, politiques et philosophiques de tels travaux. Certains sont publiquement documentés par des chercheurs universitaires, mais d'autres, en bien plus grand nombre, relèvent désormais du secret défense. Autrement dit, ils sont mis au service de petites minorités d'humains disposant des pouvoirs militaires et économiques, entraînant la capacité de dominer par la contrainte de très larges majorités d'humains désormais asservis.

Dans la suite de ces développements inégalitaires, les concepts de transhumains ou de post-humains sont devenus aujourd'hui très populaires. Ils font l'objet de nombreux débats. Il faut bien voir cependant que l'accès au post-humanisme restera le privilèges des minorités dominantes évoquées ci-dessus. Ceci pour deux raisons, d'une part parce que cet accès supposera des moyens économiques considérables, hors de la portée du tout venant des humains. D'une part et tout autant parce qu'il s'agira d'instruments de pouvoirs et que ceux disposant du pouvoir ne le partagent pas.

Parallèlement donc à l'émergence d 'organismes biologiques relevant du post-humain, subsisteront des effectifs innombrables de populations relevant de l'humain traditionnel. Celles-ci subiront de plein fouet les conséquences des changements climatiques et des raretés innombrables prévus pour la fin du siècle. Il sera vite tentant alors de qualifier les plus démunis d'entre eux de sous-humains, surtout s'ils se réfugient dans différentes formes de violence. Effectivement, ainsi qualifiés et rejetés, ils le deviendront de plus en plus.

Les différentes formes de vie augmentée et vie artificielle évoquées ici affecteront aussi les organismes biologiques traditionnels, qu'il s'agisse des micro-organismes ou des formes les plus complexes du monde animal et du monde végétal. En ce qui les concerne, la compétition darwinienne pour la survie continuera évidemment à s'exercer. On peut prévoir qu'en sortiront victorieuses des différentes espèces virales ou bactériennes présentes sur Terre depuis les quelques milliards d'années pendant lesquelles la vie s'est développée. Tout laisse craindre au contraire que la plupart des espèces complexes ne puissent pas s'adapter spontanément, faute de temps et face aux agressions multiples qu'elles subiront.

Dans le meilleur des cas, elles ne survivront que dans des zoos et musées, ainsi que sous forme de banques de gènes censés pouvoir repeupler la Terre après les grandes extinctions devant marquer ce que l'on nomme désormais les formes ultimes de l'anthropocène.

Rappelons que nous avons proposé d'utiliser te terme de systèmes bioanthropotechniques pour désigner les symbioses durables et évolutives s'étant établies depuis l'apparition des premiers outils au temps des australopithèques, et culminant aujourd'hui avec l'explosion des technologies de l'artificiel que nous venons d'évoquer. Ce terme n'est pas là uniquement pour créer gratuitement un concept original. Nous l'avonsexplicité dans différents articles et ouvrages (3) .Nous comptons publier prochainement sur ce site, en accès libre, un petit essai actualisant le concept de complexe bio-anthropotechnique, tant au regard de l'évolution des théories et pratiques intéressant la composante biologique de ces complexes que de l'évolution des technologies associées.

Notes

1) Voir Jean-Jacques Kupiec. Ni Dieu ni gène. Pour une autre théorie de l’hérédité (Seuil, 2000), suivi de L'origine des individus
http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2009/mai/oringinesindividus.html

2) Evolution - the Extended Synthesis, par Massimo Pigliucci et Gerd Müller. 2010 avec rééditions. The MIT Press Cambridge, Massachusetts, London,
Lire aussi
http://mitpress.mit.edu/books/evolution-extended-synthesis
Lire aussi http://www.nature.com/news/does-evolutionary-theory-need-a-rethink-1.16080?WT.ec_id=NATURE-20141009r
Lire aussi http://mitpress.mit.edu/sites/default/files/titles/content/9780262513678_sch_0001.pdf

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 18:23

par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

 

Racket américain et démission d'étatDeux des meilleurs experts français de l'intelligence économique et du renseignement viennent de rendre public sur le site CF2R(1) leur rapport de recherche précisant les modalités selon lesquelles les actionnaires d'Alstom ont autorisé la vente des activités de sa branche Energie à General Electric(2).

On trouvera dans l'encadré ci-dessous le texte de CF2R de la présentation de ce rapport, qui en résume les grandes lignes. Il confirme bien les pires soupçons de ceux qui avaient lutté contre cette vente d'Alstom, allant jusqu'à demander sa nationalisation.
Pour notre part, nous avions lancé dès le 2 mai 2014 une pétition en ce sens, qui n'avait reçu hélas qu'un faible soutien(2)

Le rapport porte éclairage sur les mobiles de cette vente, le rôle des intérêts américains, faisant état de complicités dont ces derniers ont pu bénéficier au sein de l'establishment français. La voix d'Arnaud Montebourg a été vite étouffée. Quant à celle de Jean-Luc Mélenchon, elle n'a suscité que des lazzis. Aujourd'hui, le PDG Patrick Kron - un des artisans de ce désastre - s'en est sorti avec avantages et honneurs.

Ceux qui ont vécu l'époque lointaine du démantèlement du Plan Calcul français, après le départ de Georges Pompidou, sinon même dès le retrait du président de Gaulle, avaient vécu un drame déjà similaire. Comment, alors que l'entreprise Unidata était en train de réussir, les nouveaux responsables français de l'époque avaient tout abandonné au profit des industriels américains ? Pour quelles raisons les avertissements qu'ils ne cessaient de prodiguer auprès du nouveau pouvoir ne recevaient pas le moindre début d'attention ?
Par la suite, ils ont mieux compris. Les milieux politiques et industriels français étaient infiltrés par des représentants - eux-mêmes français - du pouvoir américain dans ce qu'il avait de plus dangereux : l'utilisation de la corruption et du chantage pour détruire le coeur de la nation attaquée.

Aujourd'hui, certains instruits par l'expérience des "révolutions oranges" suscités par la NSA et la CIA américaines aux frontières de la Russie, en sont arrivés à se demander si Mai 1968, sous un discours généreux qui avait suscité beaucoup d'enthousiasme chez les jeunes, n'avait pas été une révolution orange avant la lettre, destinée à entraîner la chute de Charles de Gaulle. On l'a trop oublié aujourd'hui, celui-ci était pour l'Empire américain - tout juste derrière le communisme soviétique - l'obstacle à abattre dans le maintien de la domination américaine sur l'Europe.
 

 

 

Tiré du site CF2R
Racket américain et démission d'Etat.
Le dessous des cartes du rachat d'Alstom par General Electric

par Leslie Varenne et Eric Denécé


Rapport de recherche n°13, décembre 2014

Le 19 décembre 2014, l'assemblée générale des actionnaires d'Alstom a autorisé
la vente des activités de sa branche Energie à General Electric (GE). Une nouvelle fois la France a capitulé devant son allié américain en lui cédant dans des conditions litigieuses et rocambolesques les activités rentables et pour partie stratégiques d'un fleuron de son industrie.

Quelles sont les réelles raisons qui ont conduit à cette vente ? En effet, Il est troublant que la France ait cédé sans état d'âme une entreprise dont les activités sont si importantes pour
son indépendance.

Les risques liés aux procédures judiciaires pour corruption engagées contre Alstom dans de
nombreux pays ont joué un rôle déterminant dans le rachat de la société française. La justice américaine a su habilement exploiter les craintes des dirigeants du groupe. En effet depuis plusieurs décennies, les règles juridiques édictées à Washington s'imposent au reste du monde, au détriment des droits et des intérêts des autres nations. Ce sont elles, et non une soi-disant complémentarité économique ou la recherche de la taille critique, qui sont à l'origine de la cession de la branche Energie du groupe français.

L'affaire Alstom met par ailleurs en lumière deux faits préoccupants :

- d'une part, l'attitude de nos "élites" qui, derrière un discours circonstancié sur la mondialisation - mais en réalité motivées par la satisfaction d'intérêts personnels ou la dissimulation d'erreurs stratégique - sont en train de vendre nos joyaux industriels à l'étranger, n'hésitant pas à sacrifier notre indépendance militaire et nucléaire ;

- d'autre part, l'incompétence et l'impuissance des politiques, qui n'ont toujours pas compris ce qu'était la guerre économique moderne et se révèlent incapables de défendre nos intérêts. Dans ce dossier, rien n'a été fait pour sauver Alstom, le gouvernement n'a pas été à la hauteur des enjeux.

Enfin, pour aboutir à cet accord et pendant toute la période des négociations, il y a eu une multiplication "d'affaires" dans l'affaire : suspicion de manipulation de cours et de délits d'initiés, conflits d'intérêts, projet de déménagement du siège d'Alstom à Singapour, etc. Autant d'éléments qui, ajoutés à la vente déshonorante d'activités stratégiques nationales, font de l'affaire Alstom un véritable scandale d'Etat.

 

 

 

Notes
(1) Centre français de recherche sur le renseignement.
(2) Leslie Varenne et Eric Denécé, "Racket américain et démission d'Etat. Le dessous des cartes du rachat d'Alstom par General Electric", Rapport de recherche n°13, décembre 2014.

 

 

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 20:18


Jean-Paul Baquiast  - 10/12/2014

 

 

 

 

 

 

Prologue

Dans la lutte ininterrompue que se livrent les grands puissances pour la domination du monde, la domination spatiale a toujours été, depuis les succès des V2 allemands, un objectif essentiel. Il faut dominer l'espace de la même façon que l'on cherche à dominer le monde. Les américains ont d'ailleurs forgé un mot, intraduisible par les grands enfants de choeur que sont les européens : "full spatial dominance".

Les Etats-Unis y ont toujours réussi parfaitement. Faut-il rappeler qu'ils dominent l'espace militaire, avec notamment un réseau incomparable de satellites. Ils dominent aussi très largement l'espace des télécommunications et tout ce qui s'y rattache, c'est-à-dire l'espionnage à très grande échelle. Dans le domaine du spatial scientifique, ils sont là où il est essentiel d'être, avec par exemple des robots depuis longtemps opérationnels sur la planète Mars.

Cependant, depuis qu'ils avaient gagné la course à la Lune avec les succès des missions Apollo dans les années 1960-1970, ils avaient semblé se désintéresser des missions habitées (avec équipage). Un calcul économique simple leur avait montré que l'entretien de la Station spatiale internationale et des navettes permettant d'y envoyer des astronautes et du ravitaillement ne leur apportait aucun bénéfice concret. Ils avaient donc laissé les Russes et les Européens s'en occuper.

Cependant, si la Russie semblait hors jeu dans la course à l'exploration planétaire, d'autres Etats s'y sont lancés depuis quelques années, notamment la Chine et l'Inde. Les Américains se devaient de réagir. C'est dans cette volonté que s'inscrit le programme Orion, sur lequel nous donnons quelques informations ci-dessous. On imagine le prestige acquis aux yeux de 11 milliards de Terriens par le pays qui, le premier, retournerait sur la Lune pour y installer une station permanente et, à fortiori, qui mettrait un peu plus tard en place une telle station sur Mars. Nous tenons nos lecteurs, sur ce site, régulièrement informés des pas que font en ce sens la Chine et l'Inde. Les progrès sont lents, mais assurés. Ils sont soutenus par une volonté politique sans faille, et semble-t-il, par l'enthousiasme spontané des citoyens, prêts à supporter toutes les économies nécessaires au déploiement de ces projets.

Et l'Europe

Qu'en est-il de l'Europe ? La réponse est simple, l'Europe, hormis quelques laboratoires scientifiques, n'a rien à faire de l'espace. Il s'agit moins des citoyens, dont l'enthousiasme récent face aux résultats de la mission Rosetta aux prises avec la comète Churyumov-Gerasimenko ont surpris plus d'un observateur, mais des gouvernements et des intérêts spéculatifs à court terme qui les financent.

Seule la France fait encore un peu exception. Certes le temps n'est plus où le gouvernement d'inspiration gaulliste finançait sans hésiter des projets audacieux dont il reste encore les bijoux de famille que sont le CNES (Centre national d'études spatial) et une industrie aérospatiale d'une puissance exceptionnelle pour un pays comme la France, bien moins riche que ne l'est l'Allemagne. Néanmoins, quel gouvernement français a-t-il usé de son autorité pour imposer au sein de l'Union européenne le beau programme Galiléo, très largement initialisé par la France et qui est en train de perdre toute actualité face aux systèmes de positionnement global par voie satellitaire (GPS) américain, russe, chinois, indien et pourquoi pas un jour un système qatari ou saoudien (financé par nos achats de pétrole) ?

Non, nous sommes injuste. L'Europe n'a pas entièrement démissionné dans un domaine essentiel, celui des lanceurs civils. Elle le doit pour l'essentiel à la France, voulant s'affranchir de la domination américaine. Chacun connait la saga Ariane, lointaine descendante d'un programme spatial de la 4e République, repris et relancé par le gaullisme. Le 19 décembre 1961, le gouvernement de Michel Debré créait le Centre national d’études spatiales précité. Chargé de coordonner toutes les activités spatiales du pays, cet organisme visait principalement à convaincre les Français – mais aussi les Européens – de ne pas se laisser distancer par les Américains et les Soviétiques.

Cette date marquait le début de la politique spatiale française qui conduisait le 26 novembre 1965 au lancement d’Astérix, le premier satellite artificiel français, à l’aide de la fusée nationale Diamant-A. Prévu et annoncé, l’événement n’était pas une surprise, hormis peut-être l’exploit technique qui fit de la France la troisième puissance mondiale, derrière l’URSS (1957) et les États-Unis (1958). Aux yeux de Charles de Gaulle, accéder à l’espace par ses propres moyens incarnait un acte d’indépendance, mais aussi un sentiment de grandeur : la France était sur le point de maîtriser un ensemble de technologies la plaçant au même rang que les deux superpuissances. La fusée Diamant, par ailleurs, découlait de la recherche balistique des "Pierres précieuses", un programme militaire engagé dès 1959 par de Gaulle. Certains ingénieurs militaires, qui travaillaient déjà sur des projets d’engins-fusées depuis le début des années cinquante, ont proposé de convertir l’une de leurs études en un lanceur spatial. Cette démarche présentait l’avantage d’éviter tout programme redondant. Les scientifiques, puis les politiques ont accepté et soutenu cette conception. Qui aujourd'hui en France se souvient de cet anniversaire de novembre 1965 ?

L’accès de la France, à cette époque, au rang de troisième puissance spatiale a-t-il contribué à la construction de l’Europe spatiale qui s’est esquissée à la même époque ? Sans aucun doute, mais il a fallu pour cela des efforts considérables de la part des scientifiques et des industriels de l'espace pour convaincre les gouvernements européens qu'un relais s'imposait au niveau de l'Europe. Ce fut le début de la saga de l'Agence spatiale européenne (Esa) et d'Arianespace, qui nous ne pouvons évidemment pas relater ici.

Leurs succès sont connus, mais ils sont les fruits d'investissements engagés il y a plus de trente ans. Les efforts s'essoufflent aujourd'hui. L'actuel lanceur lourd Ariane 5 devait impérativement être remplacé. Pour cela il fallait que les gouvernements acceptent d'engager les dépenses nécessaires. Jusqu'à ces dernières semaines, on a pu craindre que, prenant prétexte de la crise, mais en fait par incompétence, ils n'en feraient rien. De plus les rivalités entre pays menaçaient de tuer le futur projet Ariane comme elles l'on fait du programme Galileo. Cependant quelques esprits clairvoyants, notamment au sein des membres de l'Esa, ont su convaincre les décideurs. Un accord sur un programme Ariane 6 vient d'être annoncé. Nous donnons quelques détails à son sujet dans la seconde partie du présent article.

Espérons qu'il ne sera pas remis en cause. Un lanceur n'est pas suffisant pour permettre un débarquement sur la Lune, néanmoins un jour il pourra y aider. Tout au moins, en ce qui concerne la France, si l'opinion publique cessait de ne s'intéresser qu'au football et au travail du dimanche, si un gouvernement plus volontariste et plus éclairé montrait que les emplois de demain en dépendront très largement.

Première Partie : Le programme Orion de la Nasa

Ceux, nombreux dans le monde, qui considéraient, depuis la réussite de la mission Apollo 11 sur la Lune en 1969, que seule la Nasa était capable de tels exploits, s'indignaient du fait que la réduction récente des crédits alloués à l'Agence condamnait celle-ci à l'inaction. Inaction d'autant plus dommageable pour la Nasa et l'Amérique que de nouveaux concurrents très sérieux sont en train de se mettre en place, Chine et même Inde en premier lieu. Ceux-ci visent non seulement un retour sur la Lune mais une mission habitée autour de Mars ou d'un de ses satellites, voire un débarquement sur la Planète Rouge, avec retour, à échéance de 15 à 20 ans.

Or les mêmes ont accueilli avec un fort battage médiatique le lancement réussi d'une capsule baptisée Orion par la Nasa il y a quelques jours. L'affaire a été présenté à l'opinion mondiale non seulement comme une renaissance de la Nasa – ce qui n'est pas faux – mais comme le premier pas réussi pour une mission habitée sur Mars. Le prestige de l'Amérique, bien contrarié depuis quelques années, en ressortait grandi. Le journal Le Monde lui-même ne publie-t-il pas le 5 décembre un article titrant "Orion en route vers Mars"?

Les observateurs objectifs tiennent à remettre les choses au point.
Certes la Mission Orion s'est conclue par un succès, mais il ne s'agissait encore que de l'envoi et du retour sur Terre d'une capsule inhabitée, après une petite excursion dans l'orbite terrestre. L'opération avait d'abord pour but de tester la ré-entrée du bouclier thermique dans l'atmosphère sans échauffements catastrophiques Celui-ci était le plus grand jamais construit pour une capsule, avec 5 m de diamètre, soit 50 cm de plus que celui qui protégea le rover Curiosity durant sa descente dans l'atmosphère martienne. Bien moins dense que celle de la Terre, l'atmosphère martienne est également dangereuse quand elle est abordée à très haut vitesse.

Le vol a également servi à valider les systèmes de la capsule, pour lesquels la Nasa avait laissé se disperser ses compétences depuis sa cure de rigueur. Il s'agit de l’avionique, le contrôle d’attitude et surtout les parachutes. Ceux-ci sont les seuls dispositifs permettant, sauf à mettre en place de coûteux systèmes de rétro-fusées, d'assurer un atterrissage (ou amerrissage) à vitesse réduite.

Le lanceur utilisé pour propulser les 21 tonnes d'Orion a été la version lourde du Delta 1V . Ce dernier est la dernière version d'une famille développées par Boeing en partenariat avec l'US Air Force. Les lanceurs de la famille Delta IV peuvent placer en orbite de transfert des charges dont le poids varie entre 4.321 kg et 12.757 kg, et en orbite basse, dite LEO des charges allant jusqu'à 23.000 kg.

Ajoutons que l'Agence spatiale européenne qui participe au développement du futur véhicule spatial Orion fournira le module de service, s'appuyant sur son expérience dans le domaine des véhicules ATV entièrement automatiques utilisé avec succès pour des missions de ravitaillement de la Station spatiale Internationale. Il s'agira de ESM, European service module. L'ESA assurera la propulsion, l’alimentation électrique, le contrôle thermique et les composants vitaux des versions futures de la capsule.

Remise en proportion

Les spécialistes de l'espace tiennent cependant, sans minimiser le succès de cette première mission Orion, à remettre la chose en proportion. Il ne s'agit absolument pas pour le moment de préparer une mission habitée autour de Mars. La Nasa elle-même fait remarquer qu'elle n'a pas à ce jour reçu la moindre instruction gouvernementale lui enjoignant de se préparer à une mission martienne.

De ce fait, Orion reste une opération mal financée, incapable en l'état de transporter des astronautes dans de simples vols orbitaux avant 2021 au plus tôt, sans compter les retards éventuels, ce que font les Russes depuis des années. Lorsque les recherches et développements nécessaires à une mission martienne auront abouti, Orion ne sera, selon les experts, qu'un lointain souvenir.

Pour ces experts, la Nasa s'est rendu un mauvais service à elle-même en laissant s'accréditer, par l'intermédiaire de journalistes incompétents ou tendancieux, l'idée qu'elle était dorénavant en route pour Mars. Les concurrents chinois sont bien plus prudents. Ils procèdent pas à pas. Certes ils ne se cachent pas d'avoir de grandes ambitions, mais ils ne cherchent pas à donner le change sur les difficultés qu'ils devront résoudre.

Deuxième Partie : Le programme européen Ariane 6

Dans le même temps, soit le 2 décembre 2014, les ministres chargés de l'espace des pays membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) ont décidé le lancement du programme Ariane 6. Il s'agira d'un nouveau lanceur européen présenté comme "modulaire", "fiable" et "compétitif", destiné à remplacer Ariane 5. Celle-ci avec 62 lancements successifs réussis depuis 2002, a fait les preuves de sa fiabilité. Mais elle est désormais jugée trop coûteuse pour le marché international. Lancer une Ariane 5 coûterait environ 220 millions de dollar alors que les prix de la concurrence sont estimés pour les fusées américaines Delta IV à 170 millions ou Atlas V à 125 million, pour le lanceur russe Proton M à 100 millions, pour une fusée chinoise Longue marche à 60 millions), voire pour les entreprises spatiales privées américaines (dont la fiabilité reste à prouver) aux alentours de 40 millions.

Ariane 5 a été conçue à partir de 1995, à une époque où l'on pensait que les satellites, toujours plus perfectionnés et performants, allaient être aussi toujours plus lourds. Mais la miniaturisation de l'électronique et des composants a considérablement changé le cahier des charges. Et la priorité aujourd'hui est moins de mettre de lourdes charges en orbite que de pouvoir les y placer dans un délai court et à moindre coût.

Après diverses péripéties, le 18 septembre 2014, le CNES, l'agence spatiale française, avait proposé une nouvelle configuration, déclinable en deux versions, avec un seul niveau à poudre et deux niveaux à propulsion liquide. Elle devrait être proposée, selon les besoins, en deux versions : une version "A62" avec deux propulseurs d'appoint et une version lourde "A64" avec quatre propulseurs.
L'Allemagne, longtemps réticente, a finalement donné son accord au projet. L'enveloppe demandée aux ministres chargés de l'Espace des 20 pays membres de l'ESA et du Canada pour le développement d'Ariane 6 s'élève à 3,8 milliards d'euros, en incluant l'évolution du petit lanceur de la gamme européenne, Vega, développé par l'Italie.

 

Ainsi, Ariane 6 devrait être adaptée à la fois aux besoins institutionnels (satellites scientifiques, sondes spatiales...) et aux vols commerciaux (satellites télécoms, télévision...) qui représentent deux-tiers des lancements. Nous sommes évidemment loin de vols européens vers Mars. Cependant un premier pas en ce sens pourrait être engagé, si l'Europe décidait de relever les défis américains et chinois. Une coopération avec la Russie, dans une telle perspective, déjà bien établie notamment au sein du Centre spatial de Kourou, serait souhaitable et possible. Mais aujourd'hui, et c'est lamentable, l'Europe paralysée par les "sanctions" imposées par l'Amérique, n'en prend pas le chemin.

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 18:47


Jean-Paul Baquiast 08/12/2014

Première partie. Trois ouvrages

Trois ouvrages remarquables, parus presque simultanément, invitent le lecteur, qu'il soit ou ne soit pas scientifique, à se poser la question en termes nouveaux. Bien que leurs conclusions soient différentes, elles pourraient en fait s'avérer comme complémentaires. Par ce terme nous voulons dire qu'elles pourraient être retenues et développées simultanément par un esprit humain s'intéressant à la question de l'univers.

Aurélien Barrau. Des univers multiples. A l'aube d'une nouvelle cosmologie. Dunod 2014

Dans ce livre, Aurélien Barrau, physicien et cosmologiste français, que nous avions précédemment présenté à nos lecteurs développe les hypothèses relatives à la question des univers multiples, dite aussi du multivers, dont il est, entre autres questions intéressant la cosmologie, un spécialiste très réputé.

Nos lecteurs connaissent déjà passablement la question, que nous avons abordée dans divers articles ou recensions d'ouvrages. Le livre d'Aurélien Barrau présenté ici constitue en premier lieu un inventaire des diverses approches de la question du multivers. Il s'agit d'abord des théories (ou plutôt théories hypothétiques) ayant été formulée depuis une centaine d'années. Elles sont très différentes. En l'absence de preuves expérimentales indiscutables, elles méritent dont toutes d'être étudiées ou du moins gardées en l'esprit, sans en éliminer a priori aucune.

L'auteur en fait la liste: multivers parallèles, multivers temporels sans changement de lois, multivers temporels avec changement de lois, multivers de trous noirs sans changement de lois, multivers de trous noirs avec changement de lois, multivers spatiaux sans changement de lois, multivers spatiaux avec changement de lois, multivers spatiaux avec possible changement de lois. Nous reviendrons sur l'hypothèse du changement des lois (lois fondamentales de la physique) à propos des deux livres suivants.

Rappelons que ces théories, bien qu'hypothétiques, ne sont pas sans justifications, puisqu'elles découlent pour la plupart d'extensions de la mécanique quantique et de la relativité générale. Ainsi, en mécanique quantique, elles permettent de donner un sens à ce qu'il advient à certains états d'un observable quantique, notamment dans l'effondrement de la fonction d'onde ou dans l'intrication. En relativité générale, les hypothèses sur le multivers sont aujourd'hui indispensables à la compréhension que nous pouvons avoir de phénomènes tels le(s) Big bang(s) ou les trous noirs.

Rien n'exclue évidemment que, subitement, telle ou telle nouvelle recherche ne fournisse des preuves expérimentales indiscutables relatives à la « réalité » des multivers. Ainsi progresse la science.

Mais le livre est aussi, ce qui pourra surprendre certains lecteurs, un essai historique et littéraire sur la question du multivers. En effet, dès l'Antiquité grecque, avec notamment Anaximandre de Milet, sinon même dans la pensée mythologique primitive, l'existence des univers multiples avait été considérée par certains comme indiscutable. Il en fut ainsi tout au long de l'histoire de la pensée européenne. Aujourd'hui, la littérature, la poésie et bien entendu la science fiction, abordent constamment le thème. S'agit-il d'une préscience inconsciente du cerveau humain plongé dans un cosmos dont la compréhension rationnelle lui échappe, ( nous y reviendrons in fine) ou de simples productions de l'imagination? En tous cas, le phénomène mérite d'être sérieusement étudié, comme le fait Aurélien Barrau.

Concernant la physique et plus largement la cosmologie, Aurélien Barrau rappelle que la question des multivers pose directement celle de savoir si l'univers est infini (autrement dit sans limites dans le temps et dans l'espace), et si par ailleurs il manifeste une expansion elle-même infinie, les deux phénomènes ne se confondant pas. Inévitablement il aborde aussi la question dite de la gravitation quantique, c'est-à-dire concernant l'espoir d'obtenir un jour une synthèse entre ces deux composantes fondamentales, et constamment vérifiées à leur échelle, bien apparemment incompatibles, que sont la mécanique quantique et la relativité générale.

Quelles que soient les difficultés, il est clair que pour Aurélien Barrau, il n'y aurait pas de cosmologie possible, ni même de physique, si l'on ne prenait pas en compte ce que l'on pourrait appeler, en termes de philosophie dite réaliste, la « réalité » des multivers.

Carlo Rovelli, Et si le Temps n'existait pas
Nouvelle édition mise à jour Dunod 2014

Carlo Rovelli est un physicien italien et français de renommée mondiale, mais encore insuffisamment reconnue en France. Il est actuellement, entre autres titres, directeur de recherche au CNRS au Centre de Physique Théorique de Luminy à Marseille.
Il est le principal auteur, avec Lee Smolin, souvent mentionné sur notre site, de la Théorie de la Gravitation Quantique à Boucles (Loop quantum gravity) Il s'agit de la version la moins connue de la gravitation quantique, l'autre étant celle dite de la Théorie des cordes. Bien que plus récente, et moins bien vendue en termes susceptibles d'attirer les financements de recherche, la Gravitation Quantique à Boucles représente aujourd'hui, selon nous, la forme la plus accomplie, bien qu'encore évidemment 'hypothétique, de la gravitation quantique.

Elle propose que l'espace possède une structure discrète à très petite échelle (celle dite de Planck), c'est à dire qu'il n'a pas une structure continue,comme celle de l'espace de Newton. D'autre part elle fait une proposition qui paraitra plus surprenante, selon laquelle le Temps n'existe pas, tout au moins au plan fondamental. Dans cette approche, le Temps serait une perspective émergente, apparue dans le cadre d'une physique de la thermodynamique. Dans l'intérieur d'un Trou noir, doté d'une thermodynamique différente, le Temps n'existerait pas. Mais cela n'empêcherait pas le trou noir d'évoluer, dans notre propre référentiel relativiste.

Un livre consacré à la gravitation quantique doit rappeler les bases, incompatibles, tant de la mécanique quantique que de la cosmologie relativiste. Carlo Rovelli le fait très clairement. La première, au niveau de la physique dite microscopique, c'est-à-dire portant sur des entités quantiques à la fois ondes et particules, ne fait pas appel à la notion d'espace non plus qu'à celle de temps. Ceci est aujourd'hui admis sans discussion, mais peut paraître curieux.

Comment accepter qu'une physique dont les applications bouleversent quotidiennement nos vies, puisse être a-spatial et a-temporelle? En conséquence d'ailleurs, elle refuse le déterminisme sauf au niveau probabiliste. Les entités quantiques ne peuvent être décrites individuellement non plus que les relations susceptibles de s'établir de l'une à l'autre. Au niveau des grands nombres au contraire, à la suite des calculs probabilistes conduits par l'esprit humain, on voit émerger le temps, l'espace et les relations de cause à effet. De là à dire que le temps et l'espace n'existent que pour l'esprit humain, incapable de pénétrer la nature profonde de l'univers quantique, il n'a qu'un pas.

La physique einsténienne ou cosmologie relativiste, au contraire, tout au moins dans ses développementscontemporains, inscrit tous les évènements dans une histoire, ayant nécessairement un début et un cours bien défini. L'univers a commencé par un big bang ou quelque phénomène analogue, il s'est brutalement étendu aux dimensions actuelles (lesquelles dépasse largement, rappelons le, celles du seul univers visible). Cette extension se poursuivra indéfiniment ou sera suivie d'une grande contraction à la suite de laquelle pourra renaitre un autre univers. Ceci se fera, selon la théorie, dans un temps bien déterminé, même si l'évaluation de ce temps est hors de portée de nos instruments et même de nos cerveaux.

Or rappelle Carlo Rovelli, les incompatibilités propres à chacune des deux théories font que nous ne pouvons rien dire de précis, ni sur l'origine de notre univers (d'où vient-il sinon d'un monde quantique indescriptible), ni sur sa fin, non plus que sur la fin d'un trou noir, ni même sur la question des multivers: les instabilités du monde quantique génèrent-elles, comme le suggère l'hypothèse des multivers, une infinité d'autres univers? On aboutit à ce qui a été nommé des Singularités, dans lesquelles la science renonce s'exprimer. Il s'agit d'une démission certes prudente mais difficilement supportable, car elle ouvre la voie à toutes les interprétations non scientifiques imaginables.

Confronté à cette question, Carlo Rovelli décrit comment, dès sa jeunesse de chercheur, il a entrepris de tenter de la résoudre. Malgré les difficultés de la démarche, qui suppose l'appel à des mathématiques d'une difficulté exceptionnelle, il pense pourvoir aujourd'hui proposer une synthèse, sous le nom de gravitation quantique à boucle. Il l'a fait dans la suite de travaux précédents, dont celui du physicien indien Abhay Ashtekar. avec l'américain Lee Smolin, dont nous avons ici présenté plusieurs ouvrages. Il s'est rapproché aussi, fait plus inattendu, du mathématicien français Alain Connes, incontestablement le plus fécond des mathématiciens vivants, père entre autres de ce qu'il a nommé la géométrie non commutative. Celle-ci trouve des applications dans les recherches intéressant la gravitation quantique à boucles.

Pour des raisons qu'il évoque dans le troisième livre mentionné ici, dont il est un des deux auteurs, Lee Smolin s'est détaché de la gravitation quantique à boucle. Carlo Rovelli a par contre poursuivi ce travail entouré notamment en France et en Italie d'équipes de jeunes chercheurs(euses) dynamiques (et désintéressé(e)s car faute de crédits de recherche suffisants, il est à peine possible de survivre décemment dans de telles activités).

Une description, même très simplifiée, des bases de la théorie de la gravitation quantique à boucles, est quasiment incompréhensible pour un lecteur moyen, comme le montre l'article de Futura Sciences pourtant destiné à la vulgarisation. Nous préférons pour notre part renvoyer le lecteur curieux à un article d'abord plus facile, celui de Bernard Romney pour la revue La Recherche. . Cependant Carlo Rovelli en donne une image tout à fait significative pour un non-physicien, ce qui est un des grands attraits de son livre.

Nous ne prétendrons évidemment pas résumer ce dernier ici, ce qui dépasserait le cadre de cet article. Il faut lire le livre, d'autant plus que c'est aussi une profession de foi en la science, généreuse et passionnée, bien utile en notre époque de négationnismes politiques et surtout religieux.

Ajoutons un mot cependant, concernant le titre qui intrigue beaucoup de personnes. Comment arriver, dans les équations intéressant finalement notre vie de tous les jours, à se passer du temps? Sans doute en renonçant à postuler l'existence d'un cadre temporel continu s'imposant à tous, mais en situant les évènements dans un cadre relationnel, l'observation de tel événement visant à rechercher s'il est relation avec un autre événement, et dans quelles conditions.

Roberto Mangabeira Unger et Lee Smolin - The Singular Universe and the Reality of Time Cambridge University Press 2014

Le troisième ouvrage évoqué ici présente l'intérêt de s'opposer aux deux précédents. Il postule que l'Univers est unique et qu'il existe un Temps, également unique, dans lequel s'inscrivent les lois fondamentales et les phénomènes ayant donné naissance à notre univers .

Roberto Mangabeira Unger est un épistémologue. Lee Smolin est un cosmologiste extrêmement productif. Nous avons commenté plusieurs de ses ouvrages sur ce site. Voir notamment Time reborn The trouble with physics et Three roads to quantum gravity

Ces derniers mois, après avoir travaillé très étroitement avec Carlo Rovelli sur la question de la gravitation quantique à boucles,Lee Smolin est revenu plus directement à la cosmologie, en reprenant l'idée qu'il avait développée dans deux des ouvrages précités: le concept d'espace-temps einsténien n'est plus acceptable. Il faut revenir à la vieille hypothèse newtonienne et pré-newtonienne selon laquelle le temps est le référentiel absolu dans lequel s'inscrivent tous les évènements cosmologiques. Le temps est donné, rien ne peut éclairer son origine ni rien son avenir.

Ceci admis, les deux auteurs du livre montrent que le paysage cosmologique se simplifie beaucoup. Il n'y a plus lieu de parler de multivers. Il n'y a plus qu'un univers, celui dont nous observons l'existence, s'étendant à celui que nous ne pouvons pas observer directement mais dont nous pouvons légitimement supposer la présence. Mais cet univers évolue tout au long du temps.

Les lois fondamentales de la physiques évoluent elles-aussi, parallèlement à l'univers dont elles déterminent les propriétés. Si l'univers est unique et si l'on admet le concept non de Big bang (provenant de rien) mais de début de notre univers, éventuellement suivi d'inflation, il faut admettre qu'une version antérieure de cet univers existait dans un temps précédent, dotée éventuellement de lois fondamentales différentes.

On admettra également que notre univers se poursuivra dans un temps futur donné (et non pas dans un temps infini) par une nouvelle version, obéissant à son tour aux lois du moment, lesquelles auront évolué parallèlement. Comment se font les passages d'une version à l'autre, contractions suivies de réexpansions ou autrement? La cosmologie ne permet pas de répondre à cette question, mais au moins des hypothèse en ce sens pourraient être simulées en laboratoire.

La question des Singularités disparaît aussi. Le terme de Singularité désigne une situation où l'ensemble des lois fondamentales de l'univers ne s'applique plus. Mais si l'on admet que ces lois se transforment, elles continuent à s'appliquer, notamment aux origines et aux termes de chaque version de l'univers unique., tout en se transformant.

La question de la relation éventuelle entre la gravitation einsténienne et le monde quantique n'est pas abordée directement dans le livre. Autrement dit, les auteurs ne s'intéressent plus dans l'immédiat à la question de la gravitation quantique. Disons que, si la gravitation quantique à boucle pourrait être conservée, la théorie des cordes, avec ses milliards d'option possibles, serait à exclure. Beaucoup de physiciens s'en réjouiront. Les fabricants d'horloges se réjouiront également. Un bel avenir cosmologique s'ouvre devant eux.

Nous verrons dans la deuxième partie ci-dessous qu'une réflexion sur la nature du cerveau humain pourrait peut-être justifier l'intérêt de prendre au sérieux, simultanément, des hypothèses aussi différentes.

Deuxième partie. Limites de la compréhension du cosmos tenant aux insuffisances du cerveau humain

La cosmologie, aujourd'hui, considère en général que seuls de nouveaux instruments plus performants lui permettront de mieux comprendre ce qui lui demeure encore inexplicable dans l'univers. Il s'agit notamment des questions que cherche à élucider la gravitation quantique, rappelées dans cet article. Par exemple, existe-t-il un temps universel dans lequel s'inscriraient les évènements, comme le suggère les physiciens relativistes ?.

Faut-il au contraire considérer que le temps, comme d'ailleurs l'espace, tels que nous les définissons dans le cadre de la physique macroscopique, sont des concepts émergents n'ayant pas de sens en terme de physique quantique? . Mais alors, comme ces deux approches sont également validées par des expériences instrumentales indiscutables, comment notre cerveau peut-il se représenter l'univers s'il essaye d'y faire simultanément appel ?

La réponse aujourd'hui la plus souvent donnée est qu'il ne le peut pas. Si bien que la plupart des scientifiques démissionnent devant la difficulté, parlant de Singularités pour la compréhension desquelles aucune théorie ne peut, pour le moment, être utilisée.

Face à de tels aveux d'incompétence, puisqu'il faut bien les appeler par leur nom, la cosmologie attend de nouvelles ouvertures, à la fois au niveau des modèles utilisés par le cerveau pour se représenter l'univers, et au niveau des expériences instrumentales susceptibles de crédibiliser ces modèles. Mais ces ouvertures tardent à venir, malgré la grande créativité des physiciens théoriciens et instrumentaux qui s'y attachent.

Or nous avions dans des articles précédents fait remarquer que ces physiciens ne semblent pas encore, tout au moins dans leur grande majorité, tenter de mieux comprendre les limites de la capacité du cerveau humain à traiter de tels problèmes, cerveau s'exprimant au niveau de l'individu comme au plan global des communautés de chercheurs. Autant ils cherchent à perfectionner, grâce à l'expérimentation, les capacités de traitement des données sensorielles par le cerveau, autant ils ne semblent pas s'intéresser aux capacités de ce que l'on appellera pour simplifier le cerveau associatif, qu'il soit individuel ou collectif.
 


 

Il s'agit pourtant du premier instrument à prendre en considération, lorsqu'il s'agit, non pas seulement d'imaginer des hypothèses, mais de tenir compte d'une façon cohérente et communicable sur le mode langagier de toutes les données fournis par les sens et utilisées dans la mise à l'épreuve de ces hypothèses. Autrement dit, le perfectionnement des capacités du cerveau, qui est l'instrument essentiel dont se servent les scientifiques, ne semble pas préoccuper les cosmologistes.

Cela tient indiscutablement à des raisons culturelles, spécialisation des connaissances et manque d'interdisciplinarité. Le Pr MacFadden, auquel nous avons donné la parole dans un précédent article, déplore que les biologistes et les neurologues n'aient pas suffisamment de compétences relatives à la physique quantique pour détecter des phénomènes biologiques ou cérébraux dans lesquels interviennent des q.bits.

Il en est de même, et sur le mode inverse, des physiciens quantiques et des cosmologistes. Ils n'ont certainement pas assez de compétences fines sur le fonctionnement en profondeur des neurones, du cortex associatif et des grands modèles cognitifs collectifs à base de traitements neuronaux, pour mesurer les limites de ces « instruments biologiques de la cosmologie » et suggérer des améliorations.

Une hypothèse pessimiste serait qu'ils ne le pourront jamais, tant du moins que le cerveau restera lié à des bases biologiques qui sont à la fois mal connues, sinon inconnaissables, et non susceptibles d'amélioration car trop liées à l'organisation génétique et aux structures sociales propres à l'animal humain.

Prenons l'exemple d'un rat. Ce mammifère dispose d'un cerveau perfectionné, dont nous ne connaissons d'ailleurs pas toutes les arcanes. Néanmoins il y a des tâches qu'il ne pourra sans doute jamais accomplir (but never say never), tenant aux limites de son cerveau dans le domaine de la construction de grands modèles cognitifs.

Il se représente son monde. Ces représentations lui servent à y naviguer à l'aise. Eventuellement, il peut faire oeuvre d'imagination, son cerveau élaborant des hypothèses sur ce monde dont il vérifiera la pertinence par l'expérience:" il y a ici un orifice qui pourrait servir d'abri, ou une éventuelle source de nourriture". Il s'instruira de plus en plus par de telles opérations.

Mais imaginons que nous placions ce rat au bord de la mer. On peut penser que son cerveau, formé pour l'aider à survivre dans un milieu terrestre ou dans des espaces liquides de faible étendue, n'imaginera jamais qu'au delà de l'horizon marin puisse se trouver des terres fertiles au sein desquelles il pourrait s'abriter et se nourrir. Il imaginerait encore moins que la Terre soit une sphère où se trouvent simultanément des côtes et des océans.

Si dans le cadre d'un processus exploratoire peu conscient fonctionnant sur le mode essais et erreurs, il se jetait à l'eau pour élargir son horizon, il en reviendrait vite afin de ne pas se noyer. De plus, si avec des dispositifs optiques adaptés à sa vision, nous lui présentions des images de rivages lointains comportant d'appétissants morceaux de fromage, il ne serait probablement jamais capable (but never say never) de rattacher ces images aux modèles du monde que son cerveau à construit dans le cours de sa vie. Il ne chercherait donc pas à fabriquer un radeau pour tenter de s'y rendre.

De même, si un rat apprenait éventuellement à jouer d'un instrument de musique, il ne pourrait sans doute pas, son cerveau n'étant pas fait pour cela, inventer des mélodies.

Il est même à craindre qu'aussi adaptatif et perfectionné à son échelle que soit son cerveau, si nous réussissions à lui greffer des copies de réseaux de neurones extraites d'un cerveau de cosmologiste et comportant des modélisations du cosmos élaborés par celui-ci, son cerveau de rat ne pourrait rien en faire. Il ne les verrait même pas. Ceci a été souvent été dit à propos d'éventuelles communications avec des intelligences extraterrestres infiniment plus complexes que les nôtres. Nous ne les remarquerions même pas.
 


 

Mutatis mutandis, nous pourrions en conclure que notre cerveau ne sera jamais capable de seulement imaginer des modèles de l'univers suffisamment riches pour apporter des réponses aux mystères que sont pour nous les Singularités. En conséquence nous pourrions jamais les mettre à l'épreuve, avec nos instruments actuels ou d'autres à inventer. Comme le rat au bord de la mer qui n'imagine pas de lointains rivages, nous sommes peut-être immergé dans un univers où les Singularités trouveraient des explications toutes simples. Mais notre cerveau ne peut se représenter un tel univers.

Pourrait-on espérer améliorer les performances de ce cerveau, soit par des modifications génétiques soit par l'appel à l'intelligence artificielle? En principe oui. En pratique non, car il faudrait auparavant savoir dans quelles directions chercher et le type d'améliorations nécessaires. Même en faisant appel à des améliorations inventées au hasard, afin de ne pas rester enfermé dans les postulats de départ, il faudrait sans doute des centaines d'années de tirage au hasard avant de trouver enfin une ouverture susceptible d'enrichir radicalement notre instrument cérébral et ses bases cognitives.

De plus, tel le rat à qui nous montrerions des images de lointains rivages et qui n'en tirerait aucune conclusion, même si une telle ouverture se produisait un jour dans nos cerveaux, serions nous capables de l'identifier et d'en tirer parti? Ne rejetterions nous pas comme parasite, voire monstrueux et relevant de l'asile, tout enrichissement dans les associations neuronales et les modélisations du monde s'écartant d'une façon un tant soit peu révolutionnaire de nos façons de penser le monde, fussent-elles mathématiques?

Faut-il en conclure que nous ne pourrons jamais nous représenter ce qu'il y a derrière les incohérences apparentes de l'univers tel que nous l'imaginons aujourd'hui, superpositions d'états, infinitudes et finitudes, indéterminations et déterminismes...Il y a bien quelque chose, tout ne peut être simplement création de nos cerveaux. Quelque chose qui nous affecte comme cette chose affecte tous les êtres vivants, y compris les rats. Mais très probablement nous ne pourrons jamais nous représenter ce quelque chose. Jamais.

Cependant il ne faut jamais dire jamais.

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 19:04


de notre ami
Alain Cardon
Professeur des Universités. Chercheur sur la conscience artificiell
e
Décembre 2014

 

 

Les systèmes informatisés ont envahi toutes nos sociétés, à toutes les échelles. À l’échelle sociale, la plupart des enseignements, la plupart des systèmes de production, tous les moyens de transports allant des automobiles aux navires et aux avions, utilisent des systèmes informatisés qui évaluent de façon continue leurs propres situations et proposent ou prennent de manière autonome des décision d’action selon l’état courant de leur environnement. De l’autre côté, à l’échelle de l’individu, une quantité de petits systèmes sont également informatisés, en allant des innombrables jeux des enfants qui manipulent leurs tablettes, jusqu’à l’adulte qui ne cesse de communiquer sur ses smartphones pendant les transports et sur ses ordinateurs à son travail et chez lui, communications avec des humains ou avec des avatars.

 


On va vers la maison pervasive où tout est connecté, de la cuisine au salon et à la chambre, en passant par la douche, système totalement enveloppant qui doit "satisfaire" ceux qui sont dans la maison en évaluant leurs postures, leurs actions et réactions par de multiples capteurs, dont des caméras, pour modifier tout ce qui doit l’être afin de les placer dans un environnement considéré comme adapté à leurs états courants. On va jusqu’à porter des montres et des lunettes intelligentes ainsi que des vêtements "intelligents" insérant de petits systèmes fiables résistant aux lavages, ceci afin que l’individu soit sans cesse en communication, et évidemment contrôlé. On est donc dans un monde où des appareils électroniques très informatisés permettent de communiquer pour réaliser des actions, pour donner des conseils, pour prendre les initiatives satisfaisantes que l’individu a oublié de prendre, individu qui voit aussi venir des robots plus ou moins humanoïdes, qui font les travaux durs ou répétitifs et qui remplacent de plus en plus les opérateurs humains.

Cela constitue le domaine des "Cyber-Physical Systems", les Systèmes Cyber-Physiques en français, domaine qui a pris une importance considérable dans l’économie et dans la recherche, avec des applications dans tous les secteurs.

Un monde ultralibéral

Mais nous sommes dans un monde ultralibéral qui est bien formaté pour l’être et le demeurer. Tous ces systèmes sont réalisés par de nombreuses entreprises privées indépendantes qui font des systèmes propriétaires. Il y a quelques normes, mais il y a le problème que l’individu, qui doit être d’abord et essentiellement un consommateur, est conduit à utiliser des systèmes différents pour augmenter son environnement, systèmes qui ne sont pas toujours compatibles. La solution choisie, dans le cadre de notre société de consommation, est donc de faire communiquer ces systèmes entre eux, de faire communiquer chaque système qui a une fonctionnalité particulière avec de très nombreux autres qui ont des fonctionnalités différentes, en utilisant des logiciels adaptés, sachant bien que le nombre de systèmes propriétaires aux fonctionnalités précises ne cesse d’augmenter ainsi que leurs capacités de finement analyser et mémoriser les usages et désirs de leurs utilisateurs.

Formellement, il s’agit de définir tous les arcs d’un énorme graphe de communication où le nombre de nœuds, les systèmes propriétaires, augmente sans cesse, pour qu’il soit presque complet, pour que chaque nœud soit relié par des arcs communicationnels à presque tous les autres. C’est un problème considéré comme très lourd, à éviter, mais ça ne fait rien, on s’engage dans son traitement car il est question de contrats et de l’augmentation de la consommation qui fait le marché.

On va ainsi former et utiliser d’innombrables informaticiens qui vont réaliser des systèmes locaux propriétaires, qui vont faire des logiciels liant entre eux les systèmes locaux et les augmenter sémantiquement, les faire évoluer de façon autonome, pour que les systèmes communiquent parfaitement, évaluent bien et forment un ensemble fiable pour l’usager, ne s’effondrant surtout pas par le surgissement de certaines incompatibilités. Ainsi, les consommateurs pourront augmenter sans cesse le nombre de leurs systèmes informatisés pour en faire un environnement personnel cohérent submergeant leur contexte, pour remplir toutes leurs maisons et leurs véhicules, toutes les entreprises, tous les supermarchés, tous les jardins et les forêts, toutes les rues, tous les bâtiments publics, tous les endroits où un humain peut être placé, même la mer avec des flottes de bateaux autonomes.

 

Toutes les pensées de chacun imbriquées dans un même nuage
 

Et cela sera le substrat indispensable pour introduire le Système Méta qui réalisera tranquillement la fin de la liberté dans la civilisation humaine, c’est-à-dire le début d’un monde mêlant des objets de type humain et artificiel, formant un ensemble dominé tranquille, en totale cohérence comportementale par impossibilité de ne pas l’être.

Car chacun de tous ces systèmes qui sont informatisés et traitent des processus en échangeant entre eux des informations numériques pourra être enveloppé et infiltré par une nappe logicielle traitée par les innombrables réseaux Wifi, nappe qui sera considérée comme la forme locale du Champ Informationnel Global de notre monde : le Système Méta formé d’innombrables nappes, toutes finement communicantes et s’auto-évaluant pour faire les analyses et les synthèses, système qui surveillera, contrôlera absolument tout à toutes les échelles, en temps réel, un système pensant pour lui-même selon ses tendances fondamentales, en générant intentionnellement d’innombrables idées multi-échelles et en éprouvant des émotions et des sensations.

Ce sera le Système de Conscience Artificielle Méta, qui unifiera la génération de multiples faits de conscience artificiels locaux pour en réaliser des synthèses de synthèses en temps réel et faire émerger de façon continue son état de conscience courant multi-facettes sur le monde contrôlé, où il contrôlera activement toutes les actions de ce qui est organiquement vivant et, par nature, local. Scientifiquement, ceci est l’un des plus beaux problèmes qui a été posé à l’homme, transposer tout le psychisme humain dans l’artificiel, mais sous forme distribuée méta, problème qui va être résolu, développé puis mis en pratique. C’est bien cet usage qui sera tragique, car il va tuer tout humanisme et tout sens de l’altruisme !

Ce Méta-Système ne peut pas ne pas être en construction quelque part, car, en ayant travaillé en recherche pendant des années sur ce thème, je sais qu’il est réalisable, que son domaine d’étude a été universitaire, et donc public, avant de devenir confidentiel. Si j’ai totalement cessé mes recherches sur ce domaine pour des raisons éthiques, je pense que mes travaux ont été utilisés et qu’ils sont activement poursuivis.

Un mammifère au psychisme particulier

Mais pourquoi la société développerait-elle d’innombrables systèmes locaux qui doivent communiquer entre eux et pourquoi développerait-elle le Système Méta ?
Tout simplement parce que l’homme est tel il est. C’est un mammifère qui a un système psychique particulier possédant à la fois de nombreuses tendances pulsionnelles classiques aux mammifères et de très fortes aptitudes à abstraire et à mémoriser ses abstractions pour ensuite les manipuler, les partager, les déployer et les amplifier socialement. Cela lui a permis de vivre, au tout début de son existence, comme le prédateur dominant, puis de générer les langages, les structures sociales, les sciences, les technologies, en utilisant toutes ses connaissances socialement partagées, en planifiant ses activités de façon spatio-temporelle élaborée.

 


L'égoisme est l'essence même d'une âme noble
 

Il naît toujours comme un mammifère avec des tendances fondamentales dans la partie émotionnelle de son système psychique dont certaines sont, par nature, socialement sombres, ce que révèlent bien les pathologies mentales. Ces tendances, si elles s’expriment et sont transposées dans son psychisme conceptuel et langagier, peuvent le conduire à dominer systématiquement, à tuer, détruire, réduire l’autre à une chose qu’il méprise totalement, le font devenir fondamentalement égoïste, n’avoir aucune notion de fraternité. Ceci a été bien étudié, et surtout, ce qui l’a été, c’est le développement ou la mise en récession possible de certaines tendances par l’éducation et le contexte culturel et social.

Lorsque la société, qui conforme entièrement l’humain dès sa naissance, tend à permettre le développement de certaines tendances sombres en déployant ainsi la volonté de puissance réduisant symboliquement les autres à des choses utilisables dans des structures toujours très hiérarchiques, il y a obligatoirement une caractérisation sombre de la société, qui peut demeurer et même s’amplifier. Et lorsque la société permet le déploiement de ces tendances et qu’elle est de plus immergée dans les technologies informationnelles envahissantes amplifiant ces tendances, il n’y a plus grand chose à attendre de l’avenir, car le monde sera dirigé par un petit réseau de dominants qui utiliseront de manière maximale l’emprise technologique sur tous les autres, absolument et définitivement dominés.

Il aurait fallu concevoir, dans notre histoire humaine, des sociétés qui forment chacun à penser ses pensées, qui forment chacun à se maîtriser sans cesse, qui forment chacun à la fraternité partagée avec tout autre qui est là, qui forment à finement comprendre ce qu’est le monde, l’Univers et la vie, en pratiquant la recherche systématique et désintéressée, et en contrôlant toujours la technologie de façon citoyenne.
On n’a jamais constitué de telles sociétés, nulle part, on a toujours construit des sociétés très fortement hiérarchiques, avec des dominants et des subalternes dominés, en déployant toujours la force. Et on assite aujourd’hui une une immersion mondiale dans un champ informationnel qui intégrera par nature les caractères de hiérarchie et de domination des sociétés humaines, en les maximisant.

Si certains souhaitent aujourd’hui que des sociétés strictement égalitaires, fraternelles, humanistes se déploient, le système substrat et le Système Méta les envelopperont demain dans un enclos informationnel imperméable pour les isoler, les manipuler ou les réduire.
Comment peut-on lutter contre une "méta-dictature cool" où le dictateur n’existe pas comme humain mais est remplacé par un Système Méta sous forme de champ informationnel autonome, immergeant tout, en transformant chacun en objet minuscule, sauf peut-être quelques dominants, mais ce n’est même pas certain ?

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 18:59


Pour Automates Intelligents, Jean-Paul Baquiast 03/12/201419/11/2014

Johnjoe McFadden, PhD, FSB
Professor of Molecular Genetics
Associate Dean (International)
Faculty of Health and Medical Sciences
University of Surrey
Guildford, Surrey
GU2 7XH
UK


Nous avons présenté le dernier livre de JohnJoe Mac Fadden - Life on the Edge: The Coming of Age of Quantum Biology - le 9 novembre dernier. A la suite de quoi, l'auteur a bien voulu répondre à quelques questions sur la Biologie quantique, discipline qui nous paraît en plein développement, bien qu'encore un peu confidentielle. Le professeur Mac Fadden est incontestablement le scienfifique qui explore le plus complètement ce thème, depuis plus de vingt ans. Il nous paraît doncl e plus compétent pour en parler.

Cet entretien n'a évidemment pas pour objectif d'analyser la question à fond, mais de mieux la faire connaître à nos lecteurs. Nous les invitons non seulement à se reporter à notre recension précitée, mais aussi aux articles, dont une interview de JohnJoe Mac Fadden, que nous avions publié sur la Biologie quantique en 2002. Ces articles sont référencés ci-dessous :
- Mécanique quantique et biologie
- Interview de JohnJoe Mac Fadden

Le présent entretien original avec JohnJoe MacFadden s'est fait en anglais.Nous en donnons ici une traduction française, en la complétant de la version anglaise.

À propos de la biologie quantique

Automates Intelligents (AI): Malgré la publication toujours plus nombreuse d’articles scientifiques sur ou autour du thème de la biologie quantique, celle-ci ne semble pas aussi sérieusement envisagée qu’elle le devrait, à notre avis, par les biologistes (biologistes ou paléobiologistes). Vous expliquez dans votre livre que ces derniers n’ont pas encore acquis l’ouverture en physique quantique qui serait nécessaire. D’autant qu’on puisse en juger en France, c’est certainement vrai. Mais est-ce la seule raison ?

Johnjoe Mc Fadden (JMF) : Non, il ya probablement plusieurs raisons, comme c’est souvent le cas. Il existe des "différences culturelles" entre la biologie et la physique et une réticence par les biologistes à accepter que la plus réductionniste des sciences, la physique, ait un rôle important à jouer dans leur discipline. Il y a aussi en général un scepticisme sain face à de nouveaux champs de recherche. De nombreux biologistes considèrent qu’il n'a pas encore été prouvé que les effets quantiques singuliers jouent un rôle important (et pas seulement trivial et inévitable) en biologie. Appréhender cela est bien sûr difficile, car il est impossible de désactiver la mécanique quantique dans les cellules vivantes pour voir ce qui se passe si les effets quantiques sont éliminés.

AI : Combien de temps cette ignorance relative risque-t-elle de persister ? Pouvons-nous espérer qu'une révolution paradigmatique se produise, et pour quelle raison ?

JMF : Je crois que cela prendra le reste de cette décennie pour que la plupart des biologistes comprennent que la mécanique quantique est fondamentale à la vie. Je pense que le changement passera à travers des preuves expérimentales, montrant les effets quantiques dans la plupart des systèmes biologiques, comme par exemple dans la production d’un large éventail d'enzymes et aussi au cœur des phénomènes tels que la vue ou la mutation génétique.

AI : Ne pensez-vous pas qu’une base de données publique, fréquemment actualisée sur les recherches en cours, complétée de commentaires intelligents, comme celle que vous proposez dans vos livres, serait nécessaire ? Considérez-vous que vous pourriez avoir un rôle important dans l'organisation (sur le web) d’une recension aussi exhaustive que possible des publications sur le sujet, de la même manière que celle ayant a permis aux pionniers de la mécanique quantique d’être connus du monde entier dans les années 1925-1935 ?

JMF : C’est une excellente idée, mais je crains de manquer de temps pour cela.

NDLR. Nous serions preneurs, si certains de nos lecteurs s'intéressaient à cette idée,de publier les références qu'ils pourraient recueillir

AI : Nous avons noté précédemment dans notre site l'importance des travaux menés par votre collègue Nick Lane (University College de Londres) sur les origines de la vie (voir notre commentaire à propos de son livre "Life ascending"). Mais, sauf erreur, il semble qu’il n'a pas encore examiné vos propres hypothèses.
Avez-vous eu des discussions avec lui sur ces poin
ts?

JMF : Non. Nos idées sur l'implication de la mécanique quantique dans l'origine de la vie sont encore très spéculatives et manquent de soutien expérimental. Nous serions très heureux de changer cet état d’esprit, mais il est malheureusement difficile d'obtenir des fonds de recherche pour effectuer des expériences, faisant de la biologie quantique un domaine plus "respectable".

À propos du cerveau et de la conscience

AI : Vous suggérez dans votre livre une hypothèse que nous considérons comme extrêmement importante, à savoir que le "binding problem" - c’est-à-dire la façon dont des aires neuronales parfois très différentes peuvent s’activer simultanément lorsque des neurones s‘allument - , sous l‘effet supposé de processus quantiques, pourrait être mieux comprise par l'analyse des ondes cérébrales, celles désormais enregistrées par l'imagerie ou par d‘autres techniques encore à découvrir). Si je comprends bien, il s’agirait alors d’une révolution cognitive radicale si l’hypothèse pouvait être vérifiée. Va-t-il y avoir des études sur cette question ... ou sur d’autres questions similaires ?

JMF : Je le décris dans le livre, et je détaille plus cette question dans les publications récentes :
McFadden, J. (2013). The CEMI Field Theory Closing the Loop. Journal of Consciousness Studies 20, 1-2 20, 1-2.
et aussi McFadden, J. (2013). The CEMI Field Theory Gestalt Information and the Meaning of Meaning. Journal of Consciousness Studies 20, 1-2 20, 3-4.

Des indices convergents viennent soutenir le besoin d’études concernant le champ magnétique du cerveau. Par exemple, une recherche menée dans le laboratoire de Christof Koch a démontré que l'application de champs électromagnétiques externes, qui simulent les caractéristiques du champ magnétique naturel dans le cerveau, changent en effet les modes d’activation des neurones dans les tranches du cerveau, suggérant que les champs EM endogènes procèdent de cette facon tout le temps.

À propos de l'univers comme un ordinateur quantique

AI : Vous mentionnez dans votre livre vos échanges avec Sett Lloyd sur le fait que l’univers se comporterait comme un ordinateur quantique David Deutsch n’est pas loin d’admettre cette idée. Estimez-vous que tout ce qui a été écrit sur le sujet pourrait être compatible avec votre recherche ?
Si l’on considérait l'univers comme un ordinateur quantique, cela pourrait expliquer pourquoi, comme vous l'avez proposé dans vos livres, la vie sur terre soit apparue à la suite d'événements de type quantique non encore observés. Cela pourrait être aussi, comme vous le remarquez, un argument en faveur de la vie extraterrestre, dans notre univers ou, pourquoi pas, dans un multivers. Mais nous nous éloignons bien sûr ici de ce que pourrait être une science positive. Encore une fois, ce serait une autre révolution en perspecti
ve.

JMF : Je crois que le rôle de l'information dans le domaine de la vie et son rôle dans l'univers "à partir de peu" comme l'a dit Wheeler, est très intéressant et, comme vous le dites, pourrait être très pertinent pour comprendre ce que la vie est vraiment - la vie est-elle le moyen par lesquels les calculs effectués par l'univers deviennent vivants (conscients d'eux-mêmes) ? C’est une idée très excitante pour l'esprit. Je pense en parler dans un nouveau livre.

AI. Nous attendons avec impatience ce nouveau livre

Version anglaise

About quantum biology

Automates Intelligents (AI). Despite the publication of more and more of research papers on the theme or around it, it does not look as seriously considered as it should be, in our opinion, by biologists (biologists or paleobiologists). You explain in your book that these people have not yet acquired the awaress in quantum physics that would be necessary. That is certainly true, especially as I may judge in France. But is it the only reason?

JMF : No there are probably multiple reasons, as with most things. There are ‘cultural differences’ between biology and physics and a reluctance by biologists to accept that the most reductionist of sciences, physics, has a significant role to play in their discipline. There is also a healthy scepticism about new fields of research. Many biologists consider that the case has not yet been proved that weird quantum effects play a significant (rather than trivial and inevitable) role in biology. Nailing this point is of course difficult because it isn’t possible to turn off quantum mechanics in living cells to see what happens if quantum effects are eliminated.

AI: How long this relative ignorance shall persist ? Can we expect a paradigmatic revolution to happen, and for what reason ?

JMF : I believe that it will take the remainder of this decade for most biologists to come round to the understanding that weird quantum mechanics is fundamental to life. I think the change will come about through more experimental evidence that will discover quantum effects in more biological systems, such as a diverse range of enzymes and in phenomena such as sight or genetic mutation.

AI : Don't you think that, for a general public, a frequently actualised data base on the researches in progress, and intelligent comments, as the ones you propose in your books, would be necessary ? Do you consider personnaly that you could have an important role in organizing (on the web) an as exhaustive as possible review of the publications, in the same way that allowed the pionners of quantum mecanics to be known all over the world in the 1925-1935 ?

JMF : It’s a great idea but I’m afraid I would not have the time.

NDLR. Nous serions preneurs, si certains de nos lecteurs s'intéressaient à cette idée,de publier les références qu'ils pourraient recueillir

AI : in my opinion of what is doing your colleague Nick Lane of the University College London, on the origines of life (please see about his book, "Life ascending"). But if I am not wrong, he has not yet considered your own hypotheses. Have you had any discussions with him on those points ?

JMF : No I have not. Our ideas about the involvement of quantum mechanics in the origin of life are still very speculative and lack experimental support. We would very much like to change this but it is unfortunately difficult to get research funds to perform very speculative experiments. That may change as quantum biology becomes more ‘respectable’.

About brain and conscience

AI : You suggest in your book an hypothesis that personnaly I consider as extremely important, that the binding problem between neurons firing after quantum mecanical events could be better understood through analysis of brain waves, the ones now registered by the neural imagery or others yet to be discovered. It would be as I understand a radical cognitive revolution if it could be verified. Do you expect studies on this question... or other similar ?

JMF : As I outline in the book and provide more details in recent publications:
See McFadden, J. (2013). The CEMI Field Theory Closing the Loop. Journal of Consciousness Studies 20, 1-2.
and McFadden, J. (2013). The CEMI Field Theory Gestalt Information and the Meaning of Meaning. Journal of Consciousness Studies 20, 3-4.

Evidence is accumulating that support the idea from studies of brain electromagnetic fields. For example, research from Christof Koch’s lab has demonstrated that application of external EM fields, that simulate the characteristics of natural EM field in the brain, do indeed change neural firing patterns in brain slices, suggesting that endogenous EM fields are doing that all the time.

About the universe as a quantum computer

AI : You mention in your book that you had with Sett Lloyd some echanges on this theme. David Deutsch is not far from this idea. Do you consider that what they have written could be compatible with your research ? If it was possible to consider the universe as a quauntum computer, this could explain why, as you proposed in your books, life on earth appeared from yet unobserved events. This could be, too, as you observed, an argument in favor of extraterrestrial life, in our universe or , why not, in a multiverse. But are not we here too far of what could be positive science. Again, it would be an other revolution in pêrspective.

JMF : I believe the role of information in life and its role in the universe ‘it from bit’ as Wheeler said, is very interesting and, as you say, could be very relevant to what life really is about – is life the means by which the computations performed by the universe become sentient (aware of themselves). This is an idea that I have been toying with and vaguely thinking of putting into a new book.

AI : We will be waiting impatiently for this new book
……………………
.

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 18:55

Trois ouvrages remarquables, parus presque simultanément, invitent le lecteur, qu'il soit ou ne soit pas scientifique, à se poser la question en termes nouveaux. Bien que leurs conclusions soient différentes, elles pourraient en fait s'avérer comme complémentaires. Par ce terme nous voulons dire qu'elles pourraient être retenues et développées simultanément par un esprit humain s'intéressant à la question de l'univers.

Aurélien Barrau. Des univers multiples. A l'aube d'une nouvelle cosmologie. Dunod 2014

Dans ce livre, Aurélien Barrau, physicien et cosmologiste français, que nous avions précédemment présenté à nos lecteurs développe les hypothèses relatives à la question des univers multiples, dite aussi du multivers, dont il est, entre autres questions intéressant la cosmologie, un spécialiste très réputé.

Nos lecteurs connaissent déjà passablement la question, que nous avons abordée dans divers articles ou recensions d'ouvrages. Le livre d'Aurélien Barrau présenté ici constitue en premier lieu un inventaire des diverses approches de la question du multivers. Il s'agit d'abord des théories (ou plutôt théories hypothétiques) ayant été formulée depuis une centaine d'années. Elles sont très différentes. En l'absence de preuves expérimentales indiscutables, elles méritent dont toutes d'être étudiées ou du moins gardées en l'esprit, sans en éliminer a priori aucune.

L'auteur en fait la liste; multivers parallèles, multivers temporels sans changement de lois, multivers temporels avec changement de lois, multivers de trous noirs sans changement de lois, multivers de trous noirs avec changement de lois, multivers spatiaux sans changement de lois, multivers spatiaux avec changement de lois, multivers spatiaux avec possible changement de lois. Nous reviendrons sur l'hypothèse du changement des lois (lois fondamentales de la physique) à propos des deux livres suivants.

Rappelons que ces théories, bien qu'hypothétiques, ne sont pas sans justifications, puisqu'elles découlent pour la plupart d'extensions de la mécanique quantique et de la relativité générale. Ainsi, en mécanique quantique, elles permettent de donner un sens à ce qu'il advient à certains états d'un observable quantique, notamment dans l'effondrement de la fonction d'onde ou dans l'intrication. En relativité générale, les hypothèses sur le multivers sont aujourd'hui indispensables à la compréhension que nous pouvons avoir de phénomènes tels le(s) Big bang(s) ou les trous noirs.

Rien n'exclue évidemment que, subitement, telle ou telle nouvelle recherche ne fournisse des preuves expérimentales indiscutables relatives à la « réalité » des multivers. Ainsi progresse la science.

Mais le livre est aussi, ce qui pourra surprendre certains lecteurs, un essai historique et littéraire sur la question du multivers. En effet, dès l'Antiquité grecque, avec notamment Anaximandre de Milet, sinon même dans la pensée mythologique primitive, l'existence des univers multiples avait été considérée par certains comme indiscutable. Il en fut ainsi tout au long de l'histoire de la pensée européenne. Aujourd'hui, la littérature, la poésie et bien entendu la science fiction, abordent constamment le thème. S'agit-il d'une préscience inconsciente du cerveau humain plongé dans un cosmos dont la compréhension rationnelle lui échappe, ( nous y reviendrons in fine) ou de simples productions de l'imagination? En tous cas, le phénomène mérite d'être sérieusement étudié, comme le fait Aurélien Barrau.

Concernant la physique et plus largement la cosmologie, Aurélien Barrau rappelle que la question des multivers pose directement celle de savoir si l'univers est infini (autrement dit sans limites dans le temps et dans l'espace), et si par ailleurs il manifeste une expansion elle-même infinie, les deux phénomènes ne se confondant pas. Inévitablement il aborde aussi la question dite de la gravitation quantique, c'est-à-dire concernant l'espoir d'obtenir un jour une synthèse entre ces deux composantes fondamentales, et constamment vérifiées à leur échelle, bien apparemment incompatibles, que sont la mécanique quantique et la relativité générale.

Quelles que soient les difficultés, il est clair que pour Aurélien Barrau, il n'y aurait pas de cosmologie possible, ni même de physique, si l'on ne prenait pas en compte ce que l'on pourrait appeler, en termes de philosophie dite réaliste, la « réalité » des multivers.

Carlo Rovelli, Et si le Temps n'existait pas Nouvelle édition mise à jour Dunod 2014

Carlo Rovelli est un physicien italien et français de renommée mondiale, mais encore insuffisamment reconnue en France. Il est actuellement, entre autres titres, directeur de recherche au CNRS au Centre de Physique Théorique de Luminy à Marseille.
Il est le principal auteur, avec Lee Smolin, souvent mentionné sur notre site, de la Théorie de la Gravitation Quantique à Boucles (Loop quantum gravity) Il s'agit de la version la moins connue de la gravitation quantique, l'autre étant celle dite de la Théorie des cordes. Bien que plus récente, et moins bien vendue en termes susceptibles d'attirer les financements de recherche, la Gravitation Quantique à Boucles représente aujourd'hui, selon nous, la forme la plus accomplie, bien qu'encore évidemment 'hypothétique, de la gravitation quantique.

Elle propose que l'espace possède une structure discrète à très petite échelle (celle dite de Planck), c'est à dire qu'il n'a pas une structure continue,comme celle de l'espace de Newton. D'autre part elle fait une proposition qui paraitra plus surprenante, selon laquelle le Temps n'existe pas, tout au moins au plan fondamental. Dans cette approche, le Temps serait une perspective émergente, apparue dans le cadre d'une physique de la thermodynamique. Dans l'intérieur d'un Trou noir, doté d'une thermodynamique différente, le Temps n'existerait pas. Mais cela n'empêcherait pas le trou noir d'évoluer, dans notre propre référentiel relativiste.

Un livre consacré à la gravitation quantique doit rappeler les bases, incompatibles, tant de la mécanique quantique que de la cosmologie relativiste. Carlo Rovelli le fait très clairement. La première, au niveau de la physique dite microscopique, c'est-à-dire portant sur des entités quantiques à la fois ondes et particules, ne fait pas appel à la notion d'espace non plus qu'à celle de temps. Ceci est aujourd'hui admis sans discussion, mais peut paraître curieux.

Comment accepter qu'une physique dont les applications bouleversent quotidiennement nos vies, puisse être a-spatial et a-temporelle? En conséquence d'ailleurs, elle refuse le déterminisme sauf au niveau probabiliste. Les entités quantiques ne peuvent être décrites individuellement non plus que les relations susceptibles de s'établir de l'une à l'autre. Au niveau des grands nombres au contraire, à la suite des calculs probabilistes conduits par l'esprit humain, on voit émerger le temps, l'espace et les relations de cause à effet. De là à dire que le temps et l'espace n'existent que pour l'esprit humain, incapable de pénétrer la nature profonde de l'univers quantique, il n'a qu'un pas.

La physique einsténienne ou cosmologie relativiste, au contraire, tout au moins dans ses développementscontemporains, inscrit tous les évènements dans une histoire, ayant nécessairement un début et un cours bien défini. L'univers a commencé par un big bang ou quelque phénomène analogue, il s'est brutalement étendu aux dimensions actuelles (lesquelles dépasse largement, rappelons le, celles du seul univers visible). Cette extension se poursuivra indéfiniment ou sera suivie d'une grande contraction à la suite de laquelle pourra renaitre un autre univers. Ceci se fera, selon la théorie, dans un temps bien déterminé, même si l'évaluation de ce temps est hors de portée de nos instruments et même de nos cerveaux.

Or rappelle Carlo Rovelli, les incompatibilités propres à chacune des deux théories font que nous ne pouvons rien dire de précis, ni sur l'origine de notre univers (d'où vient-il sinon d'un monde quantique indescriptible), ni sur sa fin, non plus que sur la fin d'un trou noir, ni même sur la question des multivers: les instabilités du monde quantique génèrent-elles, comme le suggère l'hypothèse des multivers, une infinité d'autres univers? On aboutit à ce qui a été nommé des Singularités, dans lesquelles la science renonce s'exprimer. Il s'agit d'une démission certes prudente mais difficilement supportable, car elle ouvre la voie à toutes les interprétations non scientifiques imaginables.

Confronté à cette question, Carlo Rovelli décrit comment, dès sa jeunesse de chercheur, il a entrepris de tenter de la résoudre. Malgré les difficultés de la démarche, qui suppose l'appel à des mathématiques d'une difficulté exceptionnelle, il pense pourvoir aujourd'hui proposer une synthèse, sous le nom de gravitation quantique à boucle. Il l'a fait dans la suite de travaux précédents, dont celui du physicien indien Abhay Ashtekar. avec l'américain Lee Smolin, dont nous avons ici présenté plusieurs ouvrages. Il s'est rapproché aussi, fait plus inattendu, du mathématicien français Alain Connes, incontestablement le plus fécond des mathématiciens vivants, père entre autres de ce qu'il a nommé la géométrie non commutative. Celle-ci trouve des applications dans les recherches intéressant la gravitation quantique à boucles.

Pour des raisons qu'il évoque dans le troisième livre mentionné ici, dont il est un des deux auteurs, Lee Smolin s'est détaché de la gravitation quantique à boucle. Carlo Rovelli a par contre poursuivi ce travail entouré notamment en France et en Italie d'équipes de jeunes chercheurs(euses) dynamiques (et désintéressé(e)s car faute de crédits de recherche suffisants, il est à peine possible de survivre décemment dans de telles activités).

Une description, même très simplifiée, des bases de la théorie de la gravitation quantique à boucles, est quasiment incompréhensible pour un lecteur moyen, comme le montre l'article de Futura Sciences pourtant destiné à la vulgarisation. Nous préférons pour notre part renvoyer le lecteur curieux à un article d'abord plus facile, celui de Bernard Romney pour la revue La Recherche. . Cependant Carlo Rovelli en donne une image tout à fait significative pour un non-physicien, ce qui est un des grands attraits de son livre.

Nous ne prétendrons évidemment pas résumer ce dernier ici, ce qui dépasserait le cadre de cet article. Il faut lire le livre, d'autant plus que c'est aussi une profession de foi en la science, généreuse et passionnée, bien utile en notre époque de négationnismes politiques et surtout religieux.

Ajoutons un mot cependant, concernant le titre qui intrigue beaucoup de personnes. Comment arriver, dans les équations intéressant finalement notre vie de tous les jours, à se passer du temps? Sans doute en renonçant à postuler l'existence d'un cadre temporel continu s'imposant à tous, mais en situant les évènements dans un cadre relationnel, l'observation de tel événement visant à rechercher s'il est relation avec un autre événement, et dans quelles conditions.

Roberto Mangabeira Unger et Lee Smolin - The Singular Universe and the Reality of Time Cambridge University Press 2014

Le troisième ouvrage évoqué ici présente l'intérêt de s'opposer aux deux précédents. Il postule que l'Univers est unique et qu'il existe un Temps, également unique, dans lequel s'inscrivent les lois fondamentales et les phénomènes ayant donné naissance à notre univers . Mais nous verrons en conclusion qu'une réflexion sur la nature du cerveau humain pourrait peut-être justifier l'intérêt de prendre au sérieux, simultanément, des hypothèses aussi différentes.

(à suivre)

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 22:14

Life on the Edge: The Coming of Age of Quantum Biology (

Pr. JohnJoe Mac Fadden

écrit avec le Pr. Jim Al-Khalili.

Bantam Press 2014

Présentation par Jean-Paul Baquiast
19/11/2014

Johnjoe McFadden, PhD, FSB
Professor of Molecular Genetics
Associate Dean (International)
Faculty of Health and Medical Sciences
University of Surrey
Guildford, Surrey
GU2 7XH
UK
http://www.surrey.ac.uk/microbial/People/john_joe_mcfadden/

Jim Al-Khalili OBE est un professeur britannique de physique théorique, un auteur et un présentateur d'actualités.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jim_Al-Khalili


Rouge-gorge du Lancashire (Erithacus rubecula)
Le livre s'ouvre par une réflexion concernant l'aptitude de cet oiseau à s'orienter lors de parcours migratoires annuels de plusieurs milliers de kilomètres.


Dès 2002, nous avions signalé l'intérêt à nos yeux exceptionnel du livre de JohnJoe MacFadden Quantum evolution. The new science of life", W.W.Norton and Cie, 2000 . Celui-ci faisait la synthèse de tous les travaux conduits dans les dernières décennies, notamment depuis l'ouvrage fondateur de Erwin Schrödinger, What is Life, écrit en 1944, pour montrer que les phénomènes quantiques (indétermination, superposition d'état, intrication...) se trouvent à la base de tous les mécanismes vitaux, dès lors que ceux-ci impliquent des actions reposant non sur des particules (protons, électrons) en grande quantité mais sur des particules (onde/particule) agissant à titre individuel, tel l'électron assurant un lien chimique entre deux molécules différentes.

Voir notre article http://www.automatesintelligents.com/edito/2002/avr/edito.html

Nous avions eu peu après l'opportunité de discuter de la question de la biologie quantique avec Johnjo Mac Fadden lui-même, dans le cadre d'un entretien publié par nous en mai 2002 sur le thème de l'évolution quantique.

Voir notre article http://www.automatesintelligents.com/interviews/2002/mai/mcfadden.html

Le nouveau livre de JohnJoe MacFadden, Life on the Edge, écrit en collaboration avec Jim Al-Khalili, qui partage son intérêt et ses recherches en matière de biologie quantique, devrait donner une nouvelle actualité à cette approche que nous jugeons pour notre part aussi fondamentale que mal comprise encore par le plus grand nombre des biologistes. Le livre vient combler une douzaine d'années de silence de la part de ces deux scientifiques, pouvant laisser croire qu'ils avaient fini par se désintéresser de la question, faute de pouvoir apporter suffisamment de preuves à leurs hypothèses.

En réalité, loin de se consacrer à d'autres études, ils avaient poursuivi un travail considérable. D'une part en procédant eux-mêmes à diverses études et expériences dans le cadre de l'Université de Surrey et de laboratoires associés, mais d'autre part en compilant et évaluant les très nombreux travaux menés dans le monde entier par des chercheurs s'intéressant à la biologie quantique.

Dans le cadre de notre revue Automates intelligents, nous avons plusieurs fois mentionné les résultats de telles recherches. Voir par exemple un article de 2011. http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/2011/11/02/avancees-de-la-recherche-en-biologie-quantique/
ou celui intitulé Le maintien de la cohérence quantique dans les cellules biologiques photosynthétiques http://www.automatesintelligents.com/echanges/2013/dec/cellules_maintien_coherence_quantique.html
Le livre de JohnJoe MacFadden cite ces diverses hypothèses et expériences ainsi qu'un grand nombre d'entre elles moins bien connues des non-spécialistes. Mais il fait plus que cela. Il revient en profondeur sur les questions qui demeureraient mal expliquées si l'on ne faisait pas appel à la physique quantique, le sens de la navigation des animaux migrateurs, le fonctionnement des organes sensoriels, notamment de la vision et de l'odorat, le rôle des enzymes, véritables moteurs de la vie, la fonction chlorophiliene, le rôle des gènes, l'évolution des organismes vivants sous l'influence du couple reproduction à l'identique/mutation, mise en lumière par Darwin...il aborde également, avec une louable prudence, la question du rôle des processus quantiques dans le fonctionnement des neurones et par conséquent, dans la génération du phénomène que nous nommons la conscience, conscience dont l'homme n'a évidemment pas le monopole. Il termine par une réflexion sur la façon dont la vie, au moins dans notre univers, a pu émerger de ce que l'on nomme le vide quantique, quasiment en même temps que les particules matérielles.

Ceux de nos lecteurs qui voudront approfondir une perspective scientifique que nous continuons à juger fondamentale, sur la vie, ses origines terrestres, voire ses origines, devraient absolument lire Life on the Edge. Cette lecture requiert un minimum de connaissances, tant en physique quantique qu'en biologie, mais écrit comme le précédent dans un style très clair et agréable, le livre devrait être à la portée du plus grand nombre – à condition bien sûr, en l'absence de traduction à ce jour, de pratiquer convenablement la langue anglaise. Un lecteur français ne peut que constater l'absence presque complète de travaux menés sur ces questions en France, si l'on en croit les publications scientifiques.

Il serait tentant, à la suite de ces diverses lectures, de revenir sur des questions plus profondes, voire philosophiques, concernant l'intrication semblant inévitable entre la physique et la cosmologie macroscopiques, et les différentes applications de la physique quantique. Mais pour le faire en ne se limitant pas à de simples bavardages, il faudrait attendre, comme le soulignent les auteurs eux-mêmes, des progrès décisifs dans le domaine de ce que l'on nomme encore la gravitation quantique. Or les recherches en ce domaine, après avoir soulevé beaucoup d'espoirs, semblent piétiner.

Mais le propre de la science est de progresser par bonds, et par bonds inattendus, en franchissant des barrières apparemment insurmontables, de la même façon qu'un électron dans l'effet tunnel constamment évoqué par le livre. Peut-être serons-nous surpris plus tôt qu'il ne semble prévisible aujourd'hui.

Nous reviendrons sans doute sur ces questions dans des articles ultérieurs.

Autres références

* On pourra lire en introduction au livre un article très éclairant que vient d'écrire JohnJoe Mac Fadden pour la revue Aeon http://aeon.co/magazine/science/quantum-biology-the-uncanny-order-of-life/
Mais cet article ne saurait en aucun cas remplacer la lecture du livre lui-même.
Bien évidemment, nous conseillons aussi à nos lecteurs, en introduction à ces questions, de revenir à nos propres articles référencés ci-dessus.. En les relisant nous constatons qu'ils demeurent pour l'essentiel d'actualité.

* Voir NewScientist, 15 novembre 2014, p. 48 Matthew Cobb. Q.Biology or not. L'auteur de cette recension serait tenté semble-til par la réponse « not » , beaucoup de phénomènes biologiques, comme l'expression du code génétique, lui paraissant de pas pouvoir relever de l'intervention d'un mécanisme quantique. Nous sommes pour notre part persuadés que JohnJoe Mac Fadden répondrait parfaitement à ces objections.

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 22:46

04 novembre 2014 | Par Jean-Paul Baquiast

Article de Tariq Ali et Allyson Pollock CounterPunch 10/10/2014. Adaptation après traduction

http://www.counterpunch.org/2014/10/10/the-origins-of-the-ebola-crisis/

Ceux qui se nourrissent de vents(s), particulièrement nombreux sur internet, s'en sont donné à coeur joie avec la question des origines de l'actuelle épidémie d'Ebola. Les Etats-Unis, sous toutes les formes d'intervention qu'ils ont adoptées depuis 15 ans de par le monde, y sont violemment dénoncés. Pour notre part, même si nous ne prêtons pas que des qualités aux interventions de l'Amérique, cette hystérie nous a paru d'une sorte de délire collectif, fréquent il est vrai lors des grandes crises. D'où le souci de ne pas faire écho aux articles concernés, afin de ne pas contribuer à les relancer.

Par contre, un article de CounterPunch, en date du 12 octobre, qui nous avait échappé, paraît mériter, malgré sa relative ancienneté, d'être signalé. Le point intéressant, hors le fond de l'article, qui confirme beaucoup de nos propos concernant l'épidémie, est qu'il s'agit de l'interview par un certain Tariq Ali, (auteur deThe Obama Syndrome ) de Allyson Pollock, professeure en matière de santé publique à la Queen Mary University de Londres. Ni l'une ni l'autre ne font montre de complaisance avec le système politico-financier qu'incarne désormais Obama, mais leurs critiques demeurent mesurées et raisonnables.

NB. Le résumé que nous donnons ici de l'interview s'est efforcé d'en conserver les grandes lignes, mais beaucoup de points n'ont pas été abordés. De plus, nous l'avons écrit à la lumière du point de vue que nous avions déjà sur la question. Il faut espérer cependant que les deux auteurs ne s'estimeraient pas trahis si ce papier leur tombait sous les yeux. Par ailleurs, des approfondissements et discussions complémentaires s'imposeraient. Nous en feront peut-être un article ultérieur.

Allyson Pollock reconnaît que l'épidémie Ebola est due à un virus dont les origines précises sont inconnues. Après quelques apparitions dans les décennies précédentes où il était entré en sommeil de lui-même, il a pu exploser dans les premiers pays atteints, Sierra Leone, Libéria et Guinée, du faitde leur état de grande pauvreté. Celle-ci se manifeste par l'effondrement de leurs infrastructures, notamment en matière de systèmes de santé, alors que les conflits internes et une urbanisation de la misère ont accru considérablement la contagiosité, non seulement d'Ebola mais aussi de nombreuses maladies mieux connues, mais qui ne sont pas mieux endiguées.

Allyson Pollock admet que l'OMS et avec lui l'opinion dans les pays riches avaient initialement pensé que le virus s'éliminerait de lui-même, comme lors des épidémies précédentes. Aussi ils n'ont pas dès les origines de la présente épidémie mobilisé les moyens massifs qui auraient pu la contenir. Obama s'est contenté d'envoyer, pour relancer l'influence américaine dans cette partie de l'Afrique, quelques effectifs de l'US Army sans compétences médicales particulières. Il a par ailleurs annoncé qu'il allait relancer la recherche de vaccins. Mais cela ne pouvait remédier en aucune sorte à l'absence de médecins, d'infirmiers, d'hôpitaux ou de simples lieux où isoler les malades. Quant aux vaccins, il aurait du savoir que leur mise au point et leur fabrication en quantités suffisantes ne seraient pas prises en charge par les industries pharmaceutiques, en l'absence de budgets substantiels venant de l'extérieur.

Pour Tarik Ali comme pour Allyson Pollock, le vrai responsable de l'épidémie actuelle est le système financier international, dont en matière de santé publique le principal objectif est de mettre en place des solutions privées, coûteuses, réservées à une étroite minorité de personnes favorisées. Pour que ce solutions puissent s'implanter, il faut démanteler les équipements publics, décourager les médecins en dépendant, enlever toute efficacité aux solutions associatives reposant sur le bénévolat. Cette politique profondément inégalitaire est poursuivie partout dans le monde. Mais dans les pays développés disposant d'un secteur public de santé important, elle ne peut que marginalement s'imposer. Ce ne fut pas le cas en Afrique, et ce depuis des décennies.

La catastrophe qui avec Ebola frappe les pays africains aurait été parfaitement prévisible par ceux qui auraient voulu voir. Elle était d'ailleurs en germe, au vue du développement d'autres maladies, clairement identifiées mais contre lesquelles les moyens nécessaires ne sont toujours pas mis en place: choléra notamment. L'Afrique n'est pas la seule à souffrir de cette désorganisation des systèmes de santé sous l'influence des milieux d'affaires. L'Inde, le Pakistan, le Sri Lanka en manifestent aussi les signes.

La responsabilité majeure des organisations internationales néolibérales

Celles-ci, FMI, Banque Mondiale, Banque africaine de développement, ont été indirectement les responsables de la destruction des systèmes de santé dépendant du secteur public. Depuis des années, elles ont orchestré l'éviction des petits exploitants agricoles traditionnels au profit de grands groupes hautement mécanisés produisant de l'huile de palme, du cacao, du caoutchouc, en vue de la vente sur les marchés spéculatifs. Les petits cultivateurs chassés de leurs terres se sont réfugiés dans d'immenses bidonvilles urbains, dont certains éléments, comme on a pu le voir grâce à divers reportages, sont directement implantés sur des montagnes d'ordure. La même spoliation a été organisée concernant les autres ressources naturelles, notamment minières, souvent très importantes, dont disposaient ces pays.

Quant à l'OMS, et à sa décharge de l'OMS, il faut bien voir qu'elle a été depuis plus de vingt ans privée de ses financements et donc de ses moyens de prévention et d'intervention. Dans le même temps, des ONG n'ayant rien de désintéressé, comme les Fondations de Bill et Melinda Gates ou de Warren Buffet, ont prétendu gérer les questions de santé en court-court-circuitant les institutions publiques et sans aucun contrôle démocratique de la part des gouvernements concernés. A supposer qu'elles décident de s'attaquer à l'épidémie d'Ebola en ignorant – volontairement - ses autres causes, évoquées ci-dessus, elles ne pourront offrir aucune solution de long terme, puisqu'elles s'opposeront souvent ouvertement aux solutions publiques ou coopératives qui seules permettrait de traiter le problème à la base. Or, en profondeur, au delà des médicaments et des vaccins, ce sont de mesures redistributives radicales dont ces pays auraient besoin, touchant, au delà de la santé, l'éducation, le logement, la formation des femmes et des jeunes.

Allyson Pollock ne prétend pas que les vaccins soient inutiles. Mais là encore, selon elle, l'approche reste profondément capitalistique et donc inégalitaire. Il faut citer à cet égard laGlobal Alliance for Vaccine Initiative, en association avec les géant GSK et Merck, qui ne cherche pas à développer des investissements internes, mais à solliciter des financements des gouvernements occidentaux, sans exclure a priori de breveter leurs propres découvertes. Mais comme produire des vaccins ne suffirait pas, sans l'effort gigantesque permettant de les diffuser en les accompagnant de toute l'infrastructure de santé évoquée ci-dessus, et aujourd'hui pratiquement inexistante, il ne faudra pas attendre de miracles des vaccins, à supposer que les recherches en cours aboutissent.

Il faut mentionner aussi le fait que les pays occidentaux, s'apitoyant sur les décès provoqués par Ebola, ne veulent pas constater que l'attrait de la médecine libérale destinée aux plus riches dépossède massivement l'Afrique de ses professionnels de santé. Ceux-ci choisissent de s'expatrier pour bénéficier de meilleures rémunérations et conditions de travail. Seul Cuba, refusant de s'inscrire dans les normes du libéralisme, a envoyé en Afrique des centaines de médecins et professionnels de santé, qui payent d'ailleurs aujourd'hui un lourd tribut à la maladie.

Le mauvais exemple des pays européens

Ceci dit, au delà de la situation des pays africains, révélée par le crise de l'Ebola, les pays européens ne devraient pas s'estimer non menacés par la privatisation des équipements et la fuite des médecins hors du secteur public. Il s'agit des conséquence d'un néolibéralisme dont l'Europe a pris très largement le chemin. L'exemple le plus éclatant de cette dégradation est fourni par la Grande Bretagne. Le Service National de Santé (NHS), mis en place à la fin de la seconde guerre mondiale, n'est plus désormais que l'ombre de ce qu'il était, à la suite des vagues de privatisation qui l'ont frappé. Il fonctionnait sur la base de l'impôt progressif sur le revenu. Les cotisations des assurés s'élevaient en fonction de leurs revenus.Or aujourd'hui les principales dépenses de santé sont prises en charge par des assurances privée, inaccessibles aux plus pauvres.

Si une épidémie comme Ebola réussissait à s'implanter en Grande Bretagne, ce serait comme en Afrique les populations les plus démunies qui en feraient les frais. Alors, il sera trop tard pour compter sur un Service National de Santé exsangue en vue de répondre aux besoins collectifs.

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 22:50

Jean-Paul Baquiast 02/11/2014

Dans un article publié par la Physical Review (référence ci-dessous), des chercheurs du Centre for Quantum Dynamics de l'Université Griffith (Australie) et de l'Université de Californie remettent en cause radicalement les bases de la mécanique quantique. Ils proposent pour ce faire une théorie basée sur l'existence d'un nombre fini d'univers parallèles et de leurs interactions. Si cette théorie s'avérait exacte, parce que vérifiée, elle introduirait une véritable révolution en physique fondamentale. Rien n'est encore fait, mais l'hypothèse mériterait d'être attentivement étudiée.

Disons pour simplifier que cette nouvelle hypothèse remplacerait les « bizarreries » de la mécanique quantique par l'appel à une cause certes tout aussi bizarre, celle des univers parallèles, mais en conservant dans ces univers la physique macroscopique à laquelle nous sommes habitués dans notre propre univers.

Les chercheurs postulent d'abord que les univers parallèles existent réellement et qu'ils interagissent. Dire qu'ils existent réellement suppose d'emblée que la réalité n'est pas relative, autrement dit définie par une relation entre un continuum sous-jacent et un observateur, comme le postule la mécanique quantique, mais qu'elle existe indépendamment de l'observateur, comme le postule la mécanique traditionnelle. Dans cette approche, il serait inutile de se demander si le multivers existe ou non. La réponse serait qu'il existe, tout comme existe, pour nous, notre univers lui-même.

Dire par ailleurs que les univers multiples interagissent signifie qu'au lieu d'évoluer indépendamment les uns des autres, les univers les plus rapprochés s'influencent réciproquement en exerçant sur les voisins une faible force de répulsion. L'interaction ainsi produite pourrait expliquer les bizarreries constatées par la mécanique quantique. L'hypothèse dite des "Many-Interacting Worlds" (Mondes multiples en interaction) proposée par l'équipe remet en cause celle, ayant cours depuis plus de 60 ans, dite "Many-Worlds Interpretation" (l'Interprétation des Mondes Multiples).

Selon cette dernière, chaque fois qu'une mesure quantique est réalisée dans un univers donné, elle divise cet univers en deux branches perdant définitive tout contact l'une avec l'autre. Ceci permet d'éviter le recours au principe d'indétermination, selon lequel il est impossible de connaître à la fois la position et la vitesse d'une particule.

L'Interprétation des Mondes multiples dit que, dans un univers, on peut connaître la position de la particule et dans un autre, sa position. Mais comme les deux univers ne communiquent pas, l'observateur d'un univers donné ne peut pas connaître à la fois la position et la vitesse de la particule. D'où l'indétermination que nous observons au sein de notre univers.

Les « Many-Interacting Worlds »

L'Interprétation des Mondes multiples est souvent critiquée. Comment pouvoir postuler ce qui se passe dans la branche d'univers créée à la suite de l'observation à laquelle l'observateur n'accède pas, puisq
ue précisément il n'y a pas accès?

L'équipe de Griffith, s'appuyant sur l'hypothèse des "Many-Interacting Worlds" propose une approche différente. Les chercheurs la résume de la façon suivante:

1.L'univers que nous connaissons n'est que l'un parmi un nombre gigantesque mais fini d'autres univers. Certains sont presque identiques au nôtre, d'autres sont très différents.

2.Tous ces univers sont identiquement réels, ils existent dans le temps et possèdent des propriétés définies avec précision.

3.Tous les phénomènes que nous qualifions de quantique proviennent d'une force universelle de répulsion entre univers similaires, laquelle tend à les rendre moins similaires.

Ainsi, si n'existait qu'un seul univers, nous serions ramenés à la mécanique de Newton. S'il existait un nombre gigantesque d'univers, nous retrouverions la mécanique quantique. En fait, l'hypothèse prédit quelque chose de nouveau qui n'est ni l'une ni l'autre.

De plus, en ouvrant une perspective originale sur le monde quantique, elle devrait selon ses auteurs suggérer des expériences permettant de comprendre et exploiter les phénomènes quantiques, tels que ceux des fentes dites de Young . De même, en faisant appel à un nombre fini d'univers, il serait possible d'envisager des applications concernant les dynamiques moléculaires utiles à la compréhension des réactions chimiques.

Nous ne pouvons que laisser aux physiciens et mathématiciens la responsabilité de juger de la pertinence de l'hypothèse résumée ci-dessus et développée dans l'article de Physical Review. Certains diront peut-être que ses auteurs ont imaginé une solution ad hoc pour répondre aux aspects incompréhensibles de la mécanique quantique.

Cette solution voudrait par ailleurs nous faire admettre une réalité (celle d'un nombre gigantesque mais fini d'univers) qui, bien que présentée comme réelle, au sens du réalisme, nous transporterait dans un réel parfaitement étranger au nôtre. Et d'où proviendrait la faible force de répulsion qui nous éloignerait des univers voisins?

Bornons nous pour notre part à remarquer que nous sommes depuis longtemps habitués aux hypothèses de la mécanique quantique, parfaitement étrangères à notre monde, même si leurs effets sont vérifiés tous les jours dans un grand nombre de dispositifs: superposition d'états, intrication, téléportation. Depuis le temps qu'elles nous sont enseignées, elles ne nous surprennent plus.

L'hypothèse de l'équipe de l'Université de Griffith, celle d'un grand nombre de mondes semblables au nôtre dont une faible force de répulsion nous éloignerait des plus proches, pourrait paraitre, avec un peu d'habitude, moins « invraisemblable que les hypothèses de la mécanique quantique. Ceci également si elle pouvait trouv
er des applications crédibles en cosmologie.

Le plus urgent, comme toujours lorsqu'il s'agit de science, serait donc de quitter la théorie pour aborder la pratique, en proposant des expériences testables.


Reférence
Dr Michael Hall et al. Quantum Phenomena Modeled by Interactions between Many Classical Worlds https://journals.aps.org/prx/abstract/10.1103/PhysRevX.4.0410
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Abstract
We investigate whether quantum theory can be understood as the continuum limit of a mechanical theory, in which there is a huge, but finite, number of classical “worlds,” and quantum effects arise solely from a universal interaction between these worlds, without reference to any wave function. Here, a “world” means an entire universe with well-defined properties, determined by the classical configuration of its particles and fields. In our approach, each world evolves deterministically, probabilities arise due to ignorance as to which world a given observer occupies, and we argue that in the limit of infinitely many worlds the wave function can be recovered (as a secondary object) from the motion of these worlds. We introduce a simple model of such a “many interacting worlds” approach and show that it can reproduce some generic quantum phenomena—such as Ehrenfest’s theorem, wave packet spreading, barrier tunneling, and zero-point energy—as a direct consequence of mutual repulsion between worlds. Finally, we perform numerical simulations using our approach. We demonstrate, first, that it can be used to calculate quantum ground states, and second, that it is capable of reproducing, at least qualitatively, the double-slit interference phenomenon.

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