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Cet ensemble de textes a été conçu à la demande de lecteurs de la revue en ligne Automates-Intelligents souhaitant disposer de quelques repères pour mieux appréhender le domaine de ce que l’on nomme de plus en plus souvent les "sciences de la complexité"... lire la suite

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 16:53
Jean-Paul Baquiast
Depuis 40 ans, les sociétés technologiques ont la capacité d'évaluer leur avenir. Et alors? Alors rien, ou presque....
 
Il paraît indiscutable que les sociétés technologies actuelles (les nôtres) disposent d'un grand nombre d'outils leur permettant d'observer leurs comportements et d'en tirer des modèles prédictifs. Certes, ces observations sont partielles, incertaines et souvent faussées par des acteurs détournant volontairement les faits pour préserver leurs intérêts. Il en est de même des modèles prédictifs. Ceux-ci n'explorent qu'un nombre nécessairement limité de perspectives et de solutions possibles, auxquelles on peut toujours reprocher un manque d'objectivité.

Mais cette situation est le propre de tout travail scientifique. La seule façon d'échapper à ces critiques serait de soumettre à un débat démocratique incessant aussi bien ces études que les solutions envisagées pour optimiser les comportements des sociétés, prévenir en particulier les plus dangereux d'entre eux. C'est le défi permanent posé par les relations entre scientifiques et citoyens. Or force est de constater que les problèmes qui supposeraient le plus grand nombre de débats, afin de faire naître le plus grand nombre de consensus, sont ceux portant sur l'avenir même de ces sociétés technologiques.

Il s'est agi depuis quelques années de la question du changement climatique et des changements qu'il faudrait apporter à nos modes de vie pour en limiter les effets dangereux, sinon mortels. Mais ce nouvel enjeu relance avec une actualité accrue la question des limites de la croissance dans un monde aux ressources finies.

Le problème avait été bien posé par le Club de Rome fondé en avril 1968. Le rapport intitulé en anglais The Limits to Growth, dit aussi rapport Meadows, du nom de son principal auteur (photo), reposait sur un modèle du Massachusetts Institute of Technology, à nombreuses variables, dit World3, lequel avait provoqué un effet considérable.

A sa suite, le Club de Rome avait tenté de susciter des politiques mondiales dites depuis décroissantistes, visant sinon à supprimer du moins à limiter les activités les plus dangereuses pour l'avenir de l'espèce humaine (Club of Rome Project on Predicament of mankind ).

Mais parallèlement la démarche avait suscité une contre-offensive massive des intérêts économiques et politiques visant à ne rien remettre en cause. Les représentants de ces intérêts n'ont eu de cesse d'en discréditer les auteurs plutôt qu'essayer de discuter le plus objectivement possible leurs arguments. Certes, toutes les prédictions, celles tenant notamment à la raréfaction des ressources en pétrole, n'ont pas été vérifiées dans les délais annoncés. Mais globalement, aujourd'hui encore, les diagnostics posés demeurent valables. Ceci étant, les adversaires du Club de Rome ont pratiquement réussi dans leur entreprise de discrédit. Le rapport a très vite cessé d'être actualisé, puis mentionné, jusqu'à tomber quasiment dans l'oubli aujourd'hui.

La rapport World3, comme aujourd'hui les rapports du GIEC concernant le réchauffement climatique, présentent cependant un caractère plus qu'alarmant qui devrait mettre en garde les opinions et les décideurs. Ils montrent que, sauf à modifier radicalement les principaux facteurs humains, tant du réchauffement que de la disparition des ressources, des effets dits de feed-back ou rétroaction font que tout remède partiel se traduit rapidement par une aggravation globale.

Ainsi diminuer la consommation des énergies fossiles sans diminuer la consommation d'énergie entraîne des répercussions sur l'environnement qui sont à terme tout aussi destructrices. De même les efforts visant à augmenter la production agricole pour faire face aux effets de la croissance démographique ne font que reporter le problème, la destruction des ressources en terres et la pollution s'aggravant corrélativement. Selon ces modèles, des effets d'emballement, dits run-away, ne tarderont pas, quoique l'on fasse, à provoquer des catastrophes de grande apleur, se traduisant notamment par des destructions multiples et des morts par centaines de millions. Autrement dit, ces modèles obligent, non sans de bonnes raisons, à envisager la disparition des civilisations telles que nous les connaissons.

Les partisans du « business as usual » en tirent argument pour dénoncer l'exploitation de ces résultats par ce qu'ils nomment un sensationnalisme catastrophiste, voire de véritables complots contre l'ordre établi. Il faut disent-ils faire confiance à l'inventivité humaine, aux ressources de la technologies et aussi au libéralisme politique. Les solutions apparaîtront d'elles-mêmes. Malheureusement, l'irrationnel l'emporte systématiquement dans ces débats, que ce soit sous forme d'une foi quasiment religieuse dans le progrès et dans l'humanité, comme à l'inverse dans la confiance pouvant être conférées aux prévisions pessimistes des travaux de modélisation. Plutôt que se battre à coups d'anathèmes, il vaudrait mieux reprendre les études, affiner les hypothèses et utiliser les potentiels constamment accrus des technologies et des réseaux afin de rendre nos civilisations plus « cognitives ».

Mais est-ce possible? Nous voulons dire par là: n'est-il pas illusoire de penser que ces civilisations, même aujourd'hui où la culture scientifique se répand, puissent se comporter avec une intelligence suffisante pour éviter les comportements menaçant leur propre survie? Ne feront-elles pas comme toutes les autres populations biologiques (sauf exceptions encore mal démontrées): se développer jusqu'à épuiser les ressources de leur milieu et finalement disparaître?

Un système cognitif planétaire?

Les habitués de ce site savent que selon nous, nos sociétés, qualifiées de systèmes anthropotechniques, paraissent incapables de se comporter en systèmes cognitifs, c'est-à-dire en systèmes susceptibles d'utiliser les moyens de connaissance dont ils disposent pour réguler leurs comportements. Tout se passe comme si les déterminismes de type génétique (ou épigénétique) poussant à la lutte pour la domination les composantes anthropologiques de ces systèmes, quel qu'en soit le prix, ne puissent être contrôlés par la prise en considération des informations résultant du progrès des des technologies de connaissance. Au contraire, ces technologies seraient utilisés pour l'essentiel à renforcer les luttes en vue de la domination. L'appel volontariste à des politiques plus prudentes resterait d'effet marginal face aux déterminismes primaires. Les perspectives ne pourraient éventuellement changer que si des catastrophes véritablement globales conduisaient à la disparition des forces prédatrices.

Les optimistes peuvent cependant espérer certaines évolutions évitant ces solutions extrêmes. Elles découleraient non seulement de l'accroissement des risques mais de la densification des réseaux d'étude et de discussion, permise notamment par la croissance de l'internet. Un nombre grandissant d'humains pourrait ainsi échapper au formatage des esprits et des comportements imposés par les oligarchies dominantes. Adopteraient-ils pour autant des comportements plus prudents, reposant sur la décroissance des consommation, le contrôle des populations et sur le partage. Certains en doutent. Mais l'intérêt nouveau semblant s'attacher aujourd'hui à l'actualisation du rapport du Club de Rome, ainsi qu'à la poursuite des études climatologies et environnementales disposant d'outils plus efficaces, serait un indice à considérer. Un système anthropotechnique cognitif planétaire ne serait-il pas en train d'émerger?

Pour notre part, nous dirions qu'il ne devrait pas avoir de priorité scientifique plus grande que celle visant à multiplier les études concernant l'avenir de la planète et celui des systèmes intelligents, y compris et surtout dans les prochaines décennies.

Sources
NewScientist. Deborah MacKenzie, Doomsday Book 7 janvier 2012, p. 38. http://www.newscientist.com/article/mg21328462.100-boom-and-doom-revisiting-prophecies-of-collapse.html
le Club de Rome et le rapport sur les limites de la croissance. Jean-Marc Jancovici. http://www.manicore.com/documentation/club_rome.html
L'auteur pourtant environnemantaliste très compétent a fait l'objet d'ostracisme de la part des milieux antinucléaires à la suite de son refus de condamner sans nuance cette technologie. Ceci ne doit pas empêcher d'étudier en détail son site, Manicore. Il s'agit d'une véritable mine d'informations.
Le rapport World3 http://en.wikipedia.org/wiki/World3

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commentaires

thomasson 12/01/2012


Il semble que ni le bonheur, ni la modération, ni non plus l'amour ne se décrètent. Faut-il vouloir changer les choses ou être ce qu'on ne peut pas s'empêcher d'être? Ce qu'on croit être bon ou
positif est souvent illusion. Je pense souvent aux grands sages, prophètes, à Jésus, Bouddah, êtres ayant des pouvoirs étranges comme les Ninjas... Notre foi (pas nos croyances ni nos rites), ne
peut-elle pas soulever les montagnes. Si nous agissons selon elle, même si elle est incomprise, je pense que nos actions ont un résultat qui peut surprendre même nous même. Je m'en aperçois
souvent dans l'amour porté à nos proches.

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