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Cet ensemble de textes a été conçu à la demande de lecteurs de la revue en ligne Automates-Intelligents souhaitant disposer de quelques repères pour mieux appréhender le domaine de ce que l’on nomme de plus en plus souvent les "sciences de la complexité"... lire la suite

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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 18:19

La révolution du zootechnocène
par Jean-Paul Baquiast 24/04/2008
( en discussion )

Appelons Ere du zootechnocène la période d’évolution de la Terre qui s’est ouverte avec l’apparition des premiers outils techniques au sein de certaines espèces de primates, voici environ 1,5 million d’années avant le temps présent. Cette ère évolutive, qui se poursuit encore, est caractérisée par la prolifération sur le mode darwinien d’organismes zootechniques qui ont changé et continuent à changer profondément les équilibres géologiques et biologiques précédents.

On sait que certains scientifiques ont proposé d’appeler cette même période l’« anthropocène », compte tenu des bouleversement apportés par l’homme (anthropos) aux milieux géologiques et biologiques antérieurs. Nous voudrions ici introduire un changement important de point de vue. Ce n’est pas l’ « homme », concept dont les définitions sont multiples et dont les correspondances dans la nature n’ont cessé de changer au cours des temps, qui serait le facteur causal de ces bouleversements. Nous estimons que le regard contemporain, inspiré par l’anthropocentrisme traditionnel, s’attache à l’homme comme le regard de l’imbécile, selon le dicton chinois, s’attache au doigt du sage qui montre la lune.

De ce fait, il ne voit pas l’essentiel, l’évolution induite par la prolifération des techniques instrumentales dont les lois de développement obéissent à d’autres logiques que celles mises en œuvre par les organismes vivants. Certes, ces techniques instrumentales ont pris naissance (pour l’essentiel) au sein des sociétés humaines, à l’intérieur desquelles elles ont trouvé les « aliments » nécessaires à leur croissance. Mais les sociétés humaines ne les ont pas plus créées qu’elles n’ont créé les maladies contagieuses qu’elles hébergent également. Elles n’en sont pas davantage « responsables ». Il s’agit de développements parallèles co-induits (s’influençant respectivement) mais répondant à des logiques différentes. Ces différences vont peut-être apparaître plus clairement dans les prochaines années. Le temps parait venu en effet où, sans couper tous liens avec les sociétés humaines, les techniques instrumentales prendront un essor propre, de type auto-évolutionnaire ou auto-référent, grâce auquel elles construiront des mondes où le biologique « traditionnel » jouera un rôle de moins en moins grand au regard de ce que l’on nomme l’ « artificiel. »

Les enseignements de la mémétique

Mais comment, dira-t-on, prêter aux techniques instrumentales, objets inobservables par les moyens de la science traditionnelle, des propriétés leur donnant la capacité d’agir de façon proactive sur le monde matériel ? Nous voudrions pour répondre à cette question inscrire l’approche proposée ici dans une tradition déjà vieille de quelques décennies, celle de la mémétique. On sait que la mémétique, à la suite de Richard Dawkins et de quelques autres chercheurs tels que Suzan Blackmore, pense possible d’expliquer de façon scientifique l’évolution de l’espèce humaine par le développement en son sein d’entités informationnelles réplicatrices sur le mode darwinien, qui ont été nommés les mèmes. Pour la mémétique, l’homme n’existe pas en tant que tel. Certes, l’espèce humaine (sapiens sapiens) parait définie au plan génétique par la possession d’un génome qui n’aurait pas varié depuis quelques dizaines de milliers d’années. Mais ce ne sont pas les mutations survenues au sein de ce génome qui auraient été la cause première de son évolution récente. Ces mutations, ayant par exemple permis l’acquisition d’un « gros cerveau », ont été induites par la prolifération au sein des groupes humains d’innombrables entités de type culturel, se reproduisant par imitation, les mèmes.

Pour Suzan Blackmore, par exemple, des mèmes ayant pris la forme des « mots » échangés lors des premiers échanges langagiers, imités et transformés sans cesse au sein des sociétés primitives, ont provoqué l’expansion des aires cognitives du cerveau. A côté des mots, de nombreux autres mèmes, prenant la forme de modules comportementaux reproductibles par l’imitation, tels des gestes ou attitudes, ont construit et continuent à construire des édifices sociaux transcendant les individus humains. Les méméticiens n’aiment pas beaucoup que l’on compare les mèmes à des virus ou à des bactéries. Cependant, les mèmes se reproduisent et colonisent les humains sur un mode très ressemblant à celui des virus ou des bactéries. Leur comportement est « égoïste », en ce sens qu’ils se développent là où le terrain leur est favorable. Parfois, ce développement peut bénéficier à la survie adaptative de leurs hôtes, donnant naissance à des symbioses dont chaque partenaire profite (c’est ce que font certaines bactéries qui peuplent les viscères des animaux en permettant à ceux-ci l’assimilation des aliments). Mais dans d’autres circonstances, le développement du mème entraîne la destruction de l’hôte. Cette destruction ne provoquera pas nécessairement celle du mème, qui ne s’en répandra que mieux 1)

En simplifiant, nous retiendrons que pour la mémétique, les contenus de la culture humaine d’une part, ceux du cerveau des individus humains d’autre part, sont les produits de la compétition ou de la coopération d’un ensemble très riche de mèmes. Suzan Blackmore pousse le paradoxe en affirmant que le Moi, revendiqué par l’individu conscient comme l’expression la plus haute de sa personnalité, n’est pas autre chose qu’un « mèmeplexe », exprimant la présence de mèmes dominants ayant pris possession de son cerveau. Pour Richard Dawkins, ce serait la compétition-coopération darwinienne entre gènes « égoïstes » qui permettrait de comprendre l’histoire génétique des espèces vivantes à travers les âges. Parallèlement, ce serait la compétition-coopération darwinienne entre mèmes « égoïstes » qui permettrait de comprendre l’histoire des cultures animales et humaines à travers les âges. Il existe évidemment des interactions permanentes (dites parfois épigénétiques) entre ces deux évolutions, nature et culture, dont tous les phénomènes du monde vivant actuel sont les résultats.

On voit donc que dans l’esprit de la mémétique, des agents informationnels invisibles pour le regard non averti jouent un rôle éminent dans la transformation d’un monde physique dont les composants chimiques et biochimiques sont, eux, facilement observables. Cela n’a rien d’étonnant pour les théoriciens de l’information. Plutôt qu’étudier des objets physiques immédiatement observables (par exemple une mélodie, prenant la forme matérielle d’une suite de notes jouées par un instrument ou transcrite sur un document papier), ils attachent de l’importance aux relations en réseaux qui s’établissent entre ces objets physiques, par l’intermédiaire des corps et cerveaux momentanément en relation avec eux ou occupés par eux. Ce sont ces relations qui provoquent les changements du monde matériel que nous pouvons constater.

Pour reprendre l’exemple de la Marseillaise, ce ne sera pas la texture de la mélodie qui intéressera les méméticiens, mais le fait que cette mélodie, reprise par des centaines d’humains, puisse constituer un signal politique déclencheur d’un assaut victorieux. Le mème, qui est un agent informationnel, agit sur le monde matériel par l’intermédiaire du ou des corps qu’il mobilise. Pour expliquer le pourquoi de l’action matérielle visible induite par tel ou tel mème, il faut retracer l’histoire évolutive de ce mème au travers des milieux corporels ou immatériels qu’il a traversé. On n’étudiera pas le mème d’un côté et les milieux d’un autre, mais l’évolution de leurs relations respectives.

Ceci posé, les méméticiens accepteront-ils de considérer comme des mèmes les techniques instrumentales et les usages qu’elles véhiculent. Qui dit technique instrumentale dit instrument. Or un instrument, par exemple une arme à feu, est un objet du monde matériel. Il ne s’agit pas d’idées ou d’images. Mais à nouveau, ce ne sera pas l’instrument lui-même qui nous intéressera en premier lieu. Ce seront les comportements que sa manipulation provoquera chez ses utilisateurs, autrement dit les conséquences des relations entre l’instrument et les hommes.

Le lecteur de cet article ne devra donc pas s’étonner de nous voir élargir l’approche mémétique, dont la fécondité est indiscutable, en proposant de prendre comme objet d’étude scientifique les relations qui s’établissent entre les instruments techniques et leurs utilisateurs humains, plutôt qu’en attachant le regard soit sur les instruments seuls, soit sur les utilisateurs seuls. Ajoutons qu’enraciner l’approche mémétique dans le monde relativement concret des techniques instrumentales et des comportements qu’elles génèrent au sein des sociétés humaines lui donnera un terrain solide qui, selon nous, manque encore à beaucoup des développements de cette science. En effet, un des points faibles de la mémétique « grand public », celle qui fait l’objet de milliers d’échanges dans les listes de diffusion mémétiques, est de ne pouvoir définir avec précision ce qu’elle entend par mème. Tout peut jouer ce rôle, un comportement que l’on imite, un refrain que l’on colporte, une image du type de celles que distribuent désormais à profusion les réseaux multimedia modernes, mais aussi un outil qui passe de mains en mains en générant des comportements stéréotypés. Pour nous, ce devrait être dorénavant autour de l’évolution de l’outil et de sa technologie, points forts indiscutables, que la mémétique devrait concentrer ses efforts.

Quoiqu’il en soit, notre propos ici n’est pas de réformer la mémétique, mais seulement de profiter du regard nouveau qu’elle propose pour rajeunir et compléter les études consacrées par la sociologie traditionnelle aux relations entre l’homme, ses outils et plus généralement les machines (voir par exemple les travaux de Simondon ou de Foucault). Ces études vont d’un extrême à l’autre. Ou bien elles mettent l’accent sur l’homme considéré comme responsable de l’évolution des techniques, ou bien elles considèrent les techniques comme responsables de l’évolution de l’homme (notamment dans l’esprit, très oublié aujourd’hui, du matérialisme d’inspiration marxiste). Ce faisant, elles n’aboutissent à rien de constructif car elles passent à côté de ce qui devrait être l’objet de leurs études, l’organisme ou le superorganisme né de la relation permanente et co-évoluante (co-développement) associant les techniques et leurs utilisateurs du monde vivant. 2)

Nous proposons donc ici ce que l’on pourrait nommer une version zootechnocentrée de la mémétique. A cette fin, nous ferons l’hypothèse que l’évolution du monde terrestre résulte des compétitions darwiniennes s’établissant au sein d’une faune proliférante d’organismes encore mal identifiés, véritables acteurs dont il est temps de faire sérieusement l’étude, et que nous nommerons des organismes zootechniques. Ces compétitions ne se substituent pas aux compétitions existant entre les gènes et entre les mèmes, mais elles élargissent leur territoire. Elles obligent à prendre en compte, comme on le verra, l’ensemble des sphères où se joue l’avenir de la vie sur la Terre : géosphère, biosphère et infosphère. Mais elles obligent aussi à revoir toutes les idées reçues relatives à l’homme, à la conscience, à son libre-arbitre...

Exemples d’organismes zootechniques

Appelons organisme zootechnique un ensemble symbiotique constitué d’un certain nombre d’organismes biologiques (parlons d’humains pour simplifier cette première présentation) réunis par l’utilisation d’un objet ou d’un processus physique qui n’est pas un organisme biologique mais qui évolue cependant sur un mode darwinien (mutation/sélection) selon des lois qui lui sont spécifiques. L’objet sert d’outil aux humains. Ceci signifie qu’il leur fournit énergie et subsistances. Les humains, en échange, apportent à l’objet les soins qui lui permettent de survivre et de muter en fonction de ses lois évolutives. Il s’agit d’une évolution que l’on dira artificielle parce qu’elle n’obéit pas aux processus de l’évolution darwinienne biologique, mais elle s’inscrit cependant dans les règles de l’évolution darwinienne par mutation-sélection.

Les organismes zootechniques sont de plus en plus nombreux et de plus en plus performants, leur nombre se multipliant selon une loi exponentielle. Comme cependant ils se développent dans un monde naturel dont les ressources ne sont pas illimitées, ils entrent en compétition pour l’accès aux ressources, détruisant les équilibres du milieu terrestre acquis depuis des millénaires. Nul ne peut évidemment prédire l’avenir des conflits ainsi engagés, ni le visage du monde de demain.

Prenons pour illustrer un propos qui pourrait demeurer trop abstrait, parmi des centaines d’autres possibles, l’exemple de trois grands organismes zootechniques qui influencent en profondeur l’évolution des écosystèmes contemporains. Il s’agit du système [homme-arme individuelle], du système [homme-automobile] et du système [homme-robot autonome]. Le premier remonte à l’histoire des civilisations, le second a pris un grand essor à partir du début du 20e siècle au sein des sociétés industrielles, le troisième commence à se mettre en place dans certaines sociétés technologiquement avancées.

Pour lire la suite (l'article est trop long pour ce blog) faire svp
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2008/88/zootechnocene.htm
Merci de votre intérêt

 

 

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commentaires

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 09/11/2011 14:00



Blog(fermaton.over-blog.com).No.16, THÉORÈME DE CONNES. - SAINT AUGUSTIN MODERNE ?



fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 09/11/2011 14:00



Blog(fermaton.over-blog.com).No.16, THÉORÈME DE CONNES. - SAINT AUGUSTIN MODERNE ?



chippendales 17/03/2009 14:57

un peu long mais très intéressant !

journée femme 18/02/2009 18:53

merci pour ce blog

anniversaire 09/11/2008 11:53

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