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Cet ensemble de textes a été conçu à la demande de lecteurs de la revue en ligne Automates-Intelligents souhaitant disposer de quelques repères pour mieux appréhender le domaine de ce que l’on nomme de plus en plus souvent les "sciences de la complexité"... lire la suite

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20 décembre 2005 2 20 /12 /décembre /2005 15:45

 Thème. La science

Pour obtenir une vue générale des différentes pages composant ce dossier, consulter le Plan http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm

Monnaie ancienne représentant Janus bifrons. Il regarde vers le passé et vers le futur. Mais pourquoi ne pas y voir un symbole de la pensée moderne qui devrait regarder à la fois vers la philosophie et vers la science?

Il est raisonnable de penser que la philosophie et la science se sont, au moins depuis l’Antiquité grecque, conjuguées pour construire les sociétés modernes, celles que l’on dit parfois intelligentes. Mais il convient de préciser en quoi leurs approchent diffèrent.

On peut considérer que la science consiste à construire un modèle du monde fait d’informations élaborées par l’interaction des organismes humains avec ce monde. Des hypothèses sont proposées sur le mode de l’exploration par essais et erreurs propre à tous les organismes vivants. Elles visent à établir des liens logiques entre les perceptions sensorielles. Ces hypothèses sont soumises à l’expérimentation. Celles d’entre elles qui se trouvent confirmées par l’expérience sont conservées et qualifiées de lois. Les autres sont abandonnées. Une telle façon de faire, indispensable à la survie, est très répandue dans le monde du vivant, mais ce qui distingue la science des autres activités visant à identifier des constantes dans la nature et lui confère un caractère universel est le fait que, par consensus, les scientifiques ont convenu d’utiliser un langage commun permettant de représenter les connaissances d’une façon compréhensible par tous. Par ailleurs, ils acceptent de se soumettre à l’expérience, c’est-à-dire de voir les connaissances acquises remises en cause au cas où de nouvelles preuves issues des protocoles communs de la recherche expérimentale seraient produites.

Nous avons vu en comparant
l’art et la science que la création artistique s’affranchit de la plupart des contraintes pesant sur la création scientifique. En art, n’importe quelle hypothèse relative à la perception du monde est considérée comme significative, quel que soit l’auteur qui la produit, le domaine pour lequel elle est formulée, la forme qu’elle revêt et la portée qui lui est donnée. En contrepartie de cette grande liberté, faute de normes communes de production et d’interopérabilité, la création artistique n’a pas réussi à constituer de grands modèles universels décrivant l’univers, sur lesquels il aurait été possible de développer un capital cumulatif de savoirs technologiques et industriels, analogue à celui résultant de l’exploitation des modèles scientifiques par les groupes humains. Ces différences ne signifient pas que l’art aurait un statut supérieur ou inférieur à celui de la science, mais que création scientifique et création artistique constituent deux modes complémentaires de l’exploration du monde par essais et erreurs à laquelle se livrent les êtres vivants et plus particulièrement les humains. Mais comment situer la philosophie dans ce duo ?

La philosophie ou la capacité de questionnement

Pour répondre à cette question, il faut s’interroger sur ce qui ferait la spécificité de l’activité philosophique. Les philosophes répondent en général que c’est la capacité de questionnement. La philosophie n’a pas pour rôle essentiel de proposer des réponses, mais celui de poser des questions. Le scientifique aussi pose des questions sur le monde. Sans cela, il n’aurait aucune raison de formuler de nouvelles hypothèses qui sont précisément censées répondre à des questions nouvelles. Mais le scientifique ne se pose de questions que dans les limites étroites de sa spécialité, ce qui réduit la portée de la démarche – même lorsque ces spécialités, par exemple la cosmologie, la biologie de la vie, les neurosciences cognitives, embrassent des pans entiers de l’univers. Le philosophe au contraire, et ceci dès les origines de la pensée, recherche en permanence la raison de tout ce qu’il voit et aussi de ce qu’il ne voit pas mais qu’il pressent. Il s’interroge aussi en permanence sur lui-même, ce que les scientifiques n’avaient jamais fait jusqu’à l’arrivée de la physique quantique. Comme la capacité de douter ou de remettre en question est le fondement même de l’activité philosophique, elle a été depuis longtemps codifiée par les usages de la discipline afin de s’exercer avec la plus grande efficacité possible, malgré les pressions sociales qui y voient souvent un facteur subversif. On dira qu'à ce compte chaque personne qui réfléchit un tant soit peu sur le monde fait de la philosophee ou est en passe d'en faire. Socrate et bien donc ont répondu par l'affirmative.

Dans une perspective évolutionniste, il faudrait expliquer à quel moment et pour quelle raison est apparue dans l’espèce humaine (à supposer que les animaux en soient dépourvus, ce qui n’est pas certain) cette faculté de prendre du recul sur l’immédiat pour se poser des questions profondes. De telles questions profondes, tout le monde aujourd’hui encore les associe au questionnement philosophique : qui suis-je, que sont les autres, dans quel monde suis-je plongé, où va le monde et où allons nous nous-mêmes ? Pour les spiritualistes, la réponse est simple. L’homme étant doté d’une âme et celle-ci pouvant entrer en contact avec l’immanence, les questions touchant à l’Etre démontrent la dimension spirituelle de l’homme. Mais cette réponse n’a pas de sens pour les matérialistes.

Pour le biologiste évolutionniste, il faut que des avantages concrets en matière d’adaptabilité aient justifié la sélection au sein du cerveau humain de circuits neuronaux capables d’engendrer l'interrogation et la recherche de solutions. La réponse la plus vraisemblable est que ce sont les premiers circuits auto-réflexifs, c’est-à-dire capables de générer ce que l’on appelle des états de conscience, qui ont servi de milieux favorables à l’émergence de questions à portée générale, c’est-à-dire de type philosophique. Ces questions une fois formulées dans les esprits permettaient certainement à ceux qui en étaient les bénéficiaires de prendre du recul sur l’activité quotidienne de survie et d’envisager des solutions à plus long terme, dont le bénéfice en termes d’adaptabilité était réel. Les psychologues du développement considèrent aussi aujourd’hui, comme on le sait, que cette faculté a eu un revers. Le fait de ne pas trouver de réponse immédiate à la question angoissante de savoir, par exemple, ce que l’on devient après la mort, a pu favoriser le développement de croyances en l’au-delà et en la vie éternelle chez des sociétés ayant pris conscience du fait que les individus étaient mortels. Mais comme nous allons le voir, le mythe religieux qui prophétise l’immortalité ne peut pas prétendre au questionnement philosophique puisqu’il apporte une réponse qui ferme la possibilité de continuer à s’interroger.

Revenons à l’art, dans cette perspective du questionnement philosophique. On admettra volontiers que les créateurs artistiques authentiques (non pas ceux qui vivent de la répétition et du commerce des stéréotypes) sont aussi des agents actifs du questionnement porté sur le monde. Mais, en conséquence de la dispersion et de la non-systématisation des productions artistiques, l’effet constructif du questionnement artistique est diffus, lent et très souvent invisible du plus grand nombre. On conclura donc que, même si l’art peut être présenté comme une activité pré-scientifique induisant à la recherche de solutions, c’est la pensée philosophique qui est vraiment à la source du processus de construction du monde dans lequel la démarche scientifique joue le rôle prédominant. C’est également la philosophie qui permet au scientifique de ne pas s’enfermer dans les voies déjà ouvertes et d’en initialiser d’autres.

La philosophie ne devrait proposer que des réponses ouvrant sur de nouvelles questions

Mais la philosophie se limite-t-elle à poser des questions ? Ne propose-t-elle pas aussi des réponses ? La philosophie propose évidemment des réponses, en grand nombre compte tenu de la fertilité de l’esprit philosophique. Mais elle les assortit d’une possibilité de remise en question immédiate. Chaque réponse philosophique ouvre de nouveaux champs de questionnement si bien que le processus ne se fige jamais sur des certitudes prétendues. Autrement dit, contrairement aux formes de pensées autoritaires, productrices de dogmes, la philosophie authentique porte en elle-même son dépassement continuel.

Certes, de tous temps ont existé de grands systèmes philosophiques tentant de s’inscrire dans des écoles et des règles obligatoires et figées. Leurs promoteurs tentent parfois de se parer du prestige des hypothèses scientifiques en empruntant le formalisme de la science, notamment le recours aux mathématiques. Mais nous pouvons admettre que, lorsqu’elle cède à cette tentation, bien humaine il est vrai, la philosophie trahit sa nature. Elle rejoint alors les mythologies et les religions, dont le principal rôle fonctionnel (diront les matérialistes réalistes) est de formater des esprits en proposant des modalités et contenus de croyance et de pensée destinés à assurer le pouvoir de ceux qui les inventent ou qui les propagent. Même si certains systèmes philosophiques érigés en dogmes se présentent comme des hypothèses sur le monde susceptibles de vérification expérimentale, ils ne le sont pas. Ils refusent de se soumettre à la sanction de l’épreuve expérimentale. Ils ne peuvent donc être démentis. Depuis longtemps on a reconnu par exemple que le marxisme, l’existentialisme ou …l’empirisme radical (auxquels on pourrait ajouter le freudisme) n’étaient pas plus vérifiables que les grands récits de type prophétique. Ce sont des constructions méritant d’être étudiées en tant que telles, notamment par les sciences humaines et sociales. Mais elles ne contribuent pas sensiblement à enrichir les connaissances scientifiques, contrairement aux hypothèses scientifiques contemporaines sur les origines de l’univers et de la vie, de portée apparemment philosophiques mais qui restent scientifiques car chacun peut entreprendre de les falsifier par de nouvelles hypothèses confirmées expérimentalement.

Nous pouvons donc considérer que l’esprit philosophique, toujours apte à questionner le monde et à se questionner lui-même, peut être considéré comme le précurseur de toute démarche d’invention. Il l’a été aux origines de la pensée rationaliste et le demeure aujourd’hui lorsqu’il s’agit d’encourager de nouvelles recherches scientifiques. Ce type d’esprit a certainement permis à l’espèce humaine de dépasser en compétitivité adaptative un certain nombre d’autres espèces qui n’en sont pas pourvues, au moins sous sa forme la plus efficace. Nous avons vu qu’il est sans doute inhérent aux mécanismes profonds de l’auto-réflexion qui fondent la conscience dans le cortex associatif de l’homme. Il ne faut donc pas s’étonner de trouver la philosophie associée à tous les progrès de la science. La philosophie incite à de nouvelles recherches mais elle joue aussi un rôle en essayant de critiquer et/ou d’expliciter les résultats des recherches antérieures, en les ordonnant, en les prolongeant et en les relançant.

La philosophie est associée à tous les progrès de la science

Les exemples de mariage heureux de la philosophie et de la science ne manquent pas. La philosophie des sciences ou épistémologie étudie l’histoire des sciences et, de plus en plus, les mécanismes créateurs de connaissance. L’esthétique s’intéresse aux processus de la création artistique. Les visions philosophiques sur les civilisations, les cultures et les hommes inspirent en permanence les sciences sociales et humaines. La philosophie générale qui médite sur la place de l’homme dans l’univers, qui s’intéresse au réel et à l’Etre, au sujet et à l’objet, représente incontestablement une incitation aux travaux les plus récents de la cosmologie et de la mécanique quantique.

Certes, le mariage entre philosophie et science pourrait être plus accompli. D’une façon générale, il semble que les scientifiques soient plus avides de philosophie que les philosophes ne le sont de s’informer des derniers résultats de la science. Les véritables équipes multi-disciplinaires sont rares, chacun tendant à s’enfermer dans sa spécificité, notamment en France. Mais avec le développement de réseaux de connaissances tels que ceux permis par Internet (dont notre revue offre un tout petit exemple, au demeurant apprécié de ceux qui le connaissent) la symbiose entre ce qui devrait être les deux faces de l’homme moderne, véritable Janus, celle ouverte sur la philosophie et celle ouverte sur la science, commence à se préciser. Veillons à ce que le mouvement se poursuive, aux dépends des divers dogmatismes et fondamentalismes.

Jean-Paul Baquiast 18/12/05

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commentaires

Winston Churchil 19/08/2015 12:45

Que tu te passionnes pour la philosophie ne t'autorise pas de dire des contre-vérités, la mécanique quantique ou la relativité ne vient absolument par de l'esprit d'un philosophe, d'ailleurs au fur et à mesure que l'Homme apprend à comprendre mieux son environnement, le philosophe peine, trébuche, submergé par un monde qu'il ne comprend manifestement de moins en moins.

Clovis Simard 17/07/2012 20:41


Blog(fermaton.over-blog.com),No-15. - THÉORÈME HUSSERL. - Une philosophie comme science rigoureuse.

oulai kamihenou armando 08/07/2010 15:45



              LES  ORIGINES DE LA
PHILOSOPHIE.



La philosophie fait partir intégrante de notre vie dans la mesure ou c’est un fait culturel ou social. C’est le produit de l’homme en société. C’est pourquoi l’histoire de l’humanité nous
enseigne que chaque siècle a connu des philosophes et de systèmes philosophiques. Dans la Grèce antique il ya eu (THALES DE MILET, SPINOZA, LIEBNIZ, NIETZCHE, SOCRATE, PHITAGORE, EMMENNUEL KANT,
HEIDDEGER, GASTON BACHELARD, JEAN JACQUE ROUSSEAU,  JEAN PAUL SATRE).Au regard de cette diversité  de
philosophie nous pouvons dire qu’il n’existe pas la philosophie mais une philosophie. Ce qui veut dire qu’il existe plusieurs systèmes philosophiques divergents et parfois
contradictoires.

A l’instar de tout cela la philosophie est une discipline qui renferme toute les autres disciplines. En ces temps il y avait des philosophes mathématiciens comme Euclide, biologistes comme Claude
Bernard, chimiste comme Lavoisier et pour la recherche de l’autonomie des ces disciplines elles vont se consacrer a leur essor d’ou la biologie qui s’explose avec Claude Bernard la chimie avec
Lavoisier et les mathématiques avec Euclide pour affirmer leur indépendance.la philosophie appauvrit donc de toute ces discipline va s



jean marc tonizzo 07/04/2008 15:25

A quoi pourrait ressemblait la science si elle n'avait eut aucun lien avec la philosophie ?

pinch 28/01/2007 16:09

Vraiment intéressant cet article.

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