Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Texte libre


Pourquoi ce blog ?

Cet ensemble de textes a été conçu à la demande de lecteurs de la revue en ligne Automates-Intelligents souhaitant disposer de quelques repères pour mieux appréhender le domaine de ce que l’on nomme de plus en plus souvent les "sciences de la complexité"... lire la suite

Recherche

8 décembre 2005 4 08 /12 /décembre /2005 19:06

   Thème. La science

Pour obtenir une vue générale des différentes pages composant ce dossier, consulter le Plan http://www.admiroutes.asso.fr/philoscience/plan.htm

Autrement dit, certaines connaissances sont-elles plus vraies que d'autres ? Existe-t-il une vérité absolue qui puisse être une référence pour toutes les vérités approchées ?

Cette question en pose une autre, celle du réel. Existe-t-il un réel indépendant de tous les observateurs auquel on puisse comparer les connaissances humaines, qu'elles proviennent de la science, des pratiques empiriques ou des mythologies (voir: Le réel de la physique est-il le même que celui des autres sciences).

La science considère qu'il n'existe pas de vérité absolue car elle ne sait pas décrire un réel qui soit indépendant de ses observations et qui puisse leur servir de référence. La science ne parle que de ce qu'elle peut prouver par l'expérience scientifique. La science est un processus expérimental collectif. Chacun est libre de faire une hypothèse sur ce qu'il croit être la réalité, mais cette hypothèse ne devient vérité scientifique (ou loi scientifique) que si elle peut être prouvée par une expérience scientifique. On appelle expérience scientifique une expérience que chaque homme pourrait reproduire à volonté, dès lors qu'il se placerait dans les conditions de l'expérience, en utilisant notamment des instruments identiques. On dira alors que l'expérience est inter-subjective, c'est-à-dire indépendante des observateurs. On pourrait dire aussi qu'elle a valeur universelle, si on n'oublie pas que les connaissances du monde qui en résultent ne sont pas vraies dans l'absolu. Elles ne sont vraies qu'au regard de l'ensemble des expérimentations inter-subjectives du moment. De plus elles ne valent que tant que de nouvelles expériences, faisant suite à de nouvelles hypothèses, ne les ont pas rendues fausses (falsifiées). La science est un processus cumulatif collectif d'acquisitions des connaissances, qui ne devrait jamais avoir de fin tant qu'existeront des hommes capables de se poser de nouvelles questions, de formuler de nouvelles hypothèses en réponse à ces questions et de disposer de nouveaux instrument pour valider ou falsifier ces nouvelles hypothèses.

Contrairement à la science, les mythologies, notamment les grandes religions, affirment l'existence de réalités extérieures aux hommes, décrites notamment par leurs prophètes ou leurs écritures. Elles ne peuvent pas prouver l'existence de ces réalités dans les conditions de l'expérimentation inter-subjective décrite ci-dessus. Cependant elles font obligation d'y croire et de les préférer aux connaissances scientifiques, si cette croyance ou foi vient en contradiction avec les expériences scientifiques. La foi religieuse tire sa puissance de multiples causes, dont l'une mérite examen par la science elle-même : l'intuition qu'ont certains individus (sinon presque tous les individus) d'accéder à des vérités en soi, échappant à toute démonstration scientifique ou expérimentale. (voir: La science peut-elle expliquer le besoin de croyances religieuses?)

Les esprits religieux sont convaincus de disposer de certitudes sur ce qu'est le réel en soi. Les scientifiques préféreront parler de simples convictions subjectives. En effet, si chaque croyant, chaque religion, croit détenir des connaissances sur le réel bien supérieures à celles permises par les connaissances scientifiques, il existe autant de convictions qu'il y a de croyants ou de religions, et celles décrivent autant de vérités « absolues » qu'il y a de croyants ou de religions. De plus, aucune ne peut être prouvée dans le cadre d'expérimentations inter-subjectives. Elles ne sont donc pas vraies au sens des connaissances scientifiques, ceci même si celles-ci s'avouent elles-mêmes relatives et non absolues.

Les connaissances empiriques

Entre les connaissances scientifiques, soumises à l'exigence de la preuve expérimentale inter-subjective et les convictions religieuses qui refusent la validation expérimentale intersubjective, se trouve l'immense domaine des connaissances empiriques sur le monde, acquises par des sociétés qui n'accèdent pas encore aux connaissances scientifiques et aux moyens instrumentaux permettant de les valider. C'est à partir de telles connaissances d'ailleurs qu'a probablement émergé, par sélection darwinienne, les connaissances scientifiques modernes. On pourra alors parler de connaissances pré-scientifiques. Au regard de la vérification expérimentale scientifique telle que définie plus haut, elles sont, tantôt vraies, tantôt fausses. Elles doivent donc être considérées avec prudence, sans être totalement rejetées. Dans la meilleure des hypothèses, elles peuvent donner naissance à de véritables connaissances scientifiques. C'est le cas de l'herboristerie médicale traditionnelle, que redécouvrent actuellement les entreprises de biotechnologies pharmaceutiques. On se gardera donc bien de condamner a priori les connaissances empiriques, dès lors qu'elles peuvent prétendre à une certaine reconnaissance collective. Les étudier scientifiquement peut donner naissance à de nouvelles connaissances scientifiques. On cite souvent à cet égard la médecine homéopathique. Celle-ci semble soulager certains malades, sans agir sur d'autres. Mais ses processus demeurent inexplicables. La question mérite donc d'être approfondie, avec l'espoir de faire apparaître des phénomènes nouveaux encore incompris. Il en est même de l'hypnose, utilisée en substitut de l'anesthésie par certains chirurgiens. On pourra poser la même question à l'égard de la psychanalyse (voir La psychanalyse est-elle une science ?)

La nécessaire ouverture d'esprit que doit manifester la science à l'égard des connaissances traditionnelles ou de celles ne pouvant entrer complètement dans les protocoles de la vérification scientifique expérimentale actuelle permet aux diverses mythologies d'investir le domaine de la science en prétendant que si la science actuelle ne les reconnaît pas, de futurs scientifiques mieux informés les reconnaîtront pour ce qu'elles affirment déjà être, c'est-à-dire de véritables sciences persécutées par la science officielle. C'est le cas de l'astrologie, qui continue à jouir d'un immense crédit bien qu'aucune de ses prédictions n'ait jamais été vérifiée par l'expérience, non plus d'ailleurs que les prétendus phénomènes naturels sur lesquels elle prétend s'appuyer. On citera aussi la croyance en l'existence des OVNI, qu'il ne faut d'ailleurs pas confondre avec ce qui est désormais une véritable science, l'exobiologie ou la recherche de la possibilité de vies extra-terrestres (voir La recherche scientifique de vies et d'intelligences cosmiques). Pour toutes ces prétendues sciences qui échappent encore à la vérification expérimentale, la réponse de la science est simple : il ne s'agit pas de sciences mais de croyances. Beaucoup donnent naissance d'ailleurs à de véritables groupes religieux, de type sectaire. Chacun est libre de croire ou non à de telles affirmations, mais le scientifique doit combattre pied à pied pour qu'elles ne servent pas à ce que l'on pourrait appeler des détournements de procédures, c'est-à-dire l'envahissement du domaine scientifique par des forces sociales visant à acquérir du pouvoir en empruntant celui légitimement reconnu aux connaissances scientifiques.

Les nouvelles résurgences de l'envahissement du scientifique par le religieux

Si la science, sinon la démocratisation des connaissances scientifiques, n'a pas grand-chose à craindre des offensives permanentes de pseudo-sciences telles que l'astrologie, il n'en est plus de même aujourd'hui des offensives du religieux pour lui dicter ce qu'elle doit enseigner et même ce qu'elle doit rechercher. Pendant des siècles, en Occident, la science débutante a du se battre contre les prétentions de la religion catholique dominante a lui imposer les descriptions de l'univers résultant de ses écritures. L'Eglise voulait ainsi, non pas défendre sa vision du monde, mais défendre le pouvoir temporel que cette vision, imposée aux populations, lui donnait au sein des sociétés de l'époque. On a tout lieu de croire que si la science moderne s'était développée dans les sociétés musulmanes ou asiatiques, elle aurait rencontré les mêmes résistances de la part des religions dominantes. Mais on pouvait penser que dorénavant les croyants, même lorsqu'ils étaient eux-mêmes scientifiques, avaient accepté de distinguer clairement ce qui relevait de la foi et ce qui relevait des connaissances scientifiques. La récente double offensive menée par les fondamentalismes chrétiens (au nom notamment du Dessein Intelligent) et islamiques pour imposer à la science des croyances dérivées de leurs écritures montre qu'il n'en est rien. Plus que jamais, il faut défendre l'autonomie de la démarche scientifique, sans pour autant durcir en dogmatisme le corpus actuel des connaissances scientifiques.

Partager cet article

Repost 0
JP Baquiast et Christophe Jacquemin - dans science
commenter cet article

commentaires

Clovis Simard 21/07/2012 21:32


Blog(fermaton.over-blog.com),No-15. - THÉORÈME HUSSERL. - Une philosophie comme science rigoureuse.

Lebon 29/08/2007 08:31

A propos du concept de Dessein Intelligent
 


 

Le concept de Dessein Intelligent (ID en anglais) est à tort souvent lié à Dieu et au créationnisme, en opposition avec le darwinisme et l’évolutionnisme. Nous sommes là en réalité face à un vieux débat philosophique transposé cette fois de l’homme à l’univers : la difficile et sinon impossible distinction entre l’inné et l’acquis. Mais le lecteur de mes pages http://controlled-hominization.com/index_fichiers/page0010.html conviendra peut-être que cet affrontement est stérile.
 

En tant que matérialiste, je pense que l’évolutionnisme n’est pas en contradiction avec toute conception d'ID et qu’une synthèse est même possible.
 

Si la plus grande complexité d’une structure ne pourrait exclure l’évolutionnisme, la science ne pourrait non plus rejeter toute idée d’intervention intelligente dans l’évolution de l’univers, du moins à certaines étapes du processus. Après tout, l’homme lui-même est déjà un acteur local dans cette évolution, acteur qui s’est sans doute montré peu intelligent jusqu’ici (réchauffement planétaire, sciences de la vie, sélection et disparition d’espèces…). Mais il pourrait être conduit à jouer un rôle bien plus grand s’il parvient à survivre (dispersion de la vie dans le cosmos, « terraformation » de planètes, « planètes » artificielles, êtres artificiels…). C’est déjà là l’ébauche d’un dessein intelligent qui n’a pour limite que notre capacité de survivre. Nous serions sans doute déjà considérés comme des dieux par nos ancêtres du Moyen Age, et nous serions de même tentés de considérer nos descendants comme des dieux si nous pouvions revenir sur notre planète dans quelques centaines ou quelques milliers d’années.
 

Par son refus de considérer l’hypothèse que l’intelligence ait déjà pu jouer un rôle significatif dans l’évolution de l’univers, l’homme tient en fait pour acquis qu’il est l’être le plus avancé à avoir vu le jour. C’est au fond une autre façon de se placer encore une fois au centre de tout, comme avec la Terre avant Galilée. Cet anthropocentrisme n’est pas très rationnel.
 

Tout en restant dans un cadre évolutionniste, le concept d'ID pourrait pourtant au moins s'appliquer pour l'homme futur, s'il parvient à survivre suffisamment longtemps pour pouvoir jouer un rôle non négligeable dans l'évolution de la vie dans ce système, dans la galaxie, et pourquoi pas davantage. Et il pourrait également s'appliquer pour d'éventuels ET plus avancés qui nous auraient précédés dans ce rôle, qui pourraient par exemple, grâce à leur science, y jouer déjà un rôle significatif, même s'ils sont eux-mêmes nés du hasard.
 

Sans vouloir remonter à un dieu toujours problématique, l'intelligence, même née suivant les lois du hasard, est trop catégoriquement ignorée dans l'évolution de l'univers, et ce refus relève à mon avis plus de la foi dans la solitude de l’homme dans l’univers que de la vraie science. Même si le concept d’ID n’a jamais été mis en œuvre par d’autres êtres dans cet univers, pourquoi serait-il interdit à l’homme de vouloir le prendre à son compte un jour ? Il ne s'agit sans doute là que d'hypothèses, mais la science progresse ainsi, et il ne serait pas scientifique d’en exclure une qui pourrait être tout à fait vraisemblable. L’ID est un peu trop facilement écarté et ridiculisé actuellement, un peu comme la dérive des continents naguère, et bien d'autres concepts encore...
Benoit Lebon
 

Chris 22/03/2006 13:45

Bonjour, Je souhaite vous demander votre avis sur l'économie comme science et sur l’Organisation Mondiale du Commerce. En effet peu après une énième conférence de l'OMC (à Hong-Kong en décembre 2005) ne peut-on légitimement se demander comment le résultat d'une théorie économique – libéraliser le commerce permet d`enrichir le maximum de personnes - a pu légitimer le mandat d'une organisation internationale ? N’est-ce pas une faillite de l’ensemble de la science que d’avoir laissé ce genre de choses se produire ? Dans le bouquin « Comprendre - Nouvelles sciences, nouveaux citoyens » page 8 ilest dit : « Nous avons indiqué en introduction qu’une des premières urgences concernant le développement de la démocratie et du dialogue coopératif dans la vie publique consistait à détruire les certitudes des décideurs et experts de toutes sortes qui prétendent agir au nom d’une Vérité absolue, dont ils seraient les détenteurs. Nous pensons en particulier à ceux, même de bonne foi, qui croient pouvoir s’appuyer sur un prétendu Réel décrit par la science pour définir des politiques publiques. » Comme il est expliqué « la politique a besoin de la science ». Une science avec conscience, pour être entière, doit s’assumer en acceptant de prendre part aux grands débats de politique publique. En effet, lorsque le débat reste confiné dans un clivage politique gauche – droite, la portée des revendications des uns et des autres se retrouve limitée : chacun refuse de voir ce qui peut être intéressant dans les propositions et les points de vue de l’adversaire politique. Je pense aussi à ces ONG ou syndicats qui certes font un travail remarquable en s’invitant aux conférences tel qu’à Hong Kong : mais seuls leurs partisans comprennent leur message et y adhèrent. Il convient aussi d`en appeler aux scientifiques pour expliquer clairement que le monde ne peut être dirigé sur la base d`une simple équation. Ceci doit être affirmé haut et fort, malgré la réticence de beaucoup de chercheurs envers tout ce qui relève de la communication, des médias, du marketing. Ainsi, faudrait-il vulgariser et diffuser les idées de base du constructivisme. Ne pourriez-vous impulser, à la manière du colloque sur la souveraineté scientifique européenne en 2004, des assises scientifiques de l’économie et de la politique réunissant à la fois scientifiques, ONG, syndicats, public etc. ? Il ne s’agirait pas alors de convaincre à tout prix les sceptiques envers le constructivisme, mais plutôt de statuer sur l’utilisation abusive de théories ou de modèles issus de disciplines scientifiques pour justifier des politiques publiques. C’est urgent : la pauvreté des « oubliés » de la mondialisation n’attend pas. A terme ne faudrait-il pas proposer la création d`un observatoire épistémologique pour éviter à l`avenir ce genre d’utilisation abusive de la science ? NB : je vous remercie pour la publication en ligne de votre livre cité ci-dessus, ainsi que pour votre nouveau blog.

Cordier 22/12/2005 09:29

Vous dites qu'il n'y a pas  de vérité absolue dans la science.. Cela est difficile à admettre. Même  si on ne peut pas y accéder, il y a bien un réel qui sera toujours la référence de ce que l'on pourrait appeler une Vérité absolue.  Sans cela, n'importe qui peut dire n'importe quoi.

JP.Baquiast 21/12/2005 18:58

Cher Oupf, tant pis si nous faisons mal voir par les intolérants, d'où qu'ils viennent (à bas la calotte, d'où qu'elle vienne, comme on disait sous le petit père Combes).
Il est temps que les matérialistes osent un peu s'affirmer, devant ceux qui veulent à tous prix nous démontrer que nous n'avons pas d'éthique ni aucun sens du sacré (cf. l'insupportable Regis Debray). Aux USA, les matérialistes l'ont compris et ont commencé à se regrouper, par exemple dans le mouvement des Brights. A chercher dans Google.

Articles Récents

Liens